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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/20

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— Marcel, dit-elle, sauvez-vous, et, quand vous serez parti, je crierai.

— Par où ? S’ils me voient, ils fuieront ou ils se mettront en défense. Dans l’un et l’autre cas, votre mari sera réveillé par le bruit, et il me verra. Et d’ailleurs, quand je pourrais me sauver sans les rencontrer, je ne vous laisserai pas seule dans un tel danger, n’ayant de protection que celle de votre mari, homme faible et peu énergique.

— Qu’ils me tuent, mais qu’on ne vous trouve pas ici ! Oh ! mon Dieu ! mais mon mari ? J’y pense : s’il se réveille, ils vont l’assassiner !

— Je descendrais.

— Malheureux ! Et ensuite comment expliquer votre présence ?

— Je trouverai bien un moyen.

— Écoutez-moi, Marcel : si les jours de mon mari sont menacés, vous descendrez le secourir ; mais en même temps je me jetterai par la fenêtre sur le pavé.

— Calmez-vous, Éléonore !

— Écoutez, peut-être vont-ils s’en aller. Si je pouvais les aider à faire leurs paquets !

À ce moment, on entendit des cris étouffés : Au voleur ! au voleur ! puis des pas précipités, et comme le bruit d’un corps qui tombe sur le parquet.

Je n’essaierai pas de décrire à quelles tortures étaient livrés Marcel et Éléonore.

Marcel regarda à travers les rideaux par une fenêtre qui donnait sur le jardin, et dit :

— Ils sont partis ; ils franchissent le mur.

On entendit encore la voix qui criait : Au voleur ! au voleur !

— Ah ! dit Éléonore. Mon Dieu ! je vous remercie, ils ne l’ont pas tué !… Maintenant, Marcel, fuyez.

— Mais par où ?… Ah ! par cette fenêtre.

Et Marcel sauta par la fenêtre qui donnait sur le chemin sans en mesurer la hauteur. Éléonore se pencha dehors, le vit tomber, se relever et courir. Elle referma la fenêtre. Au même instant, son mari et sa servante frappaient violemment à la porte de sa chambre. Elle ouvrit, et tomba sans connaissance sous les émotions qu’elle avait ressenties.

M. Bressier n’était pas blessé ; il avait été seulement renversé d’un coup de poing par un des voleurs qu’il avait saisi par ses vêtemens. La servante s’était soigneusement enfermée dans sa chambre. Du reste, le vol était considérable ; toute l’argenterie était emportée, les