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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/194

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SCÈNE XI.
LE MINISTRE, SON COLLÈGUE.
LE COLLÈGUE.

Bonjour, cher collègue. Je m’échappe un instant pour venir causer avec vous. J’ai laissé dans mon cabinet deux de mes directeurs, désespérés de mon départ ; mais nous avons besoin de parler de nos affaires, et l’administration doit céder le pas à la politique. On nous accable de signatures : on nous force à nous mêler de tout ; il semble que les journées aient soixante heures pour nous. Parlez-moi des ministres anglais ; ils peuvent prendre du repos, aller à la chasse, donner du temps à la réflexion, parfois même, ce qui est fort bon, laisser leur esprit en friche.

LE MINISTRE.

S’est-il passé quelque chose de nouveau depuis notre dernier conseil ?

LE COLLÈGUE.

Non ; mais j’éprouvais le besoin d’en causer avec vous avant celui d’aujourd’hui.

LE MINISTRE.

Je vous remercie de cette confiance amicale.

LE COLLÈGUE.

Le roi m’a paru préoccupé et sérieux. Serait-il mécontent du cabinet ?

LE MINISTRE.

Ah ! je vous y prends, monsieur le ministre parlementaire ; vous n’étiez pas si soucieux de la grâce royale, lorsque, dans l’opposition, vous combattiez les envahissemens de la prérogative.

LE COLLÈGUE.

Que voulez-vous ? le spectacle change avec le point de vue ; mon observatoire n’est plus le même.

LE MINISTRE.

Et la théorie de Duvergier de Hauranne : « Les ministres représentent la chambre devant le roi, et le roi devant la chambre. »

LE COLLÈGUE.

Je la défendrai toujours... dans l’opposition. Je ne suis pas pour Fonfrède ; mais il faut comprendre et accepter sa situation. Je suis parlementaire... avec un parlement fort ; mais, quand le point d’appui n’est pas là, je le cherche où