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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/161

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briques, les plus dignes d’un intérêt compatissant. M. de Lafarelle s’abuse, selon nous, s’il croit avoir réfuté ces légitimes objections.

Un autre plan de charte industrielle, proposé par M. Eugène Buret, a été conçu dans un sentiment plus libéral. Dans chaque communauté, les maîtres et les ouvriers concourraient à l’élection d’un conseil de famille. Ce conseil arrêterait, à certaines époques, le taux des salaires, sanctionnerait les contrats d’engagement des ouvriers, et garderait en dépôt les livrets. La représentation de toutes les industries du canton se constituerait, sous la présidence du juge de paix, en tribunal investi d’un pouvoir judiciaire équivalent à celui des prud’hommes. Les syndicats de canton enverraient au chef-lieu du département un de leurs membres ; la réunion de ces derniers mandataires nommerait un député, qui viendrait, à Paris, former, sous la présidence du ministre du commerce, la chambre représentative de l’industrie. Si le projet de M. de Lafarelle paraît inefficace, celui-ci aurait peut-être l’inconvénient de donner à la classe des ouvriers une constitution trop compacte, trop énergique, de créer une nation industrielle au sein de la grande société nationale.

Quelles sont donc les mesures d’une réalisation possible et désirable ? Nous en trouvons les indications éparses dans les livres que nous avons soumis à l’analyse, mais en plus grand nombre, il est juste de le reconnaître, dans le livre de M. Buret.

La cause la plus ordinaire du malaise étant l’insuffisance des salaires, et cette insuffisance étant produite par la surabondance des bras, relativement à la besogne offerte, la première règle à observer est de surveiller très attentivement les mouvemens de la population. Il ne serait pas impossible de contrebalancer la force attractive des centres industriels, et de diminuer ces agglomérations d’hommes affamés qui se condensent dans toutes les villes de fabriques. De même que le capital se déplace, lorsqu’il ne trouve plus à fonctionner avec avantage (et c’est là son vrai privilège), de même il faudrait que le travailleur pût aisément se déplacer, lorsqu’il ne trouve plus un emploi utile de son aptitude. L’état doit provoquer, diriger une transplantation, et même, au besoin, en avancer les frais. Ce n’est pas à dire qu’il s’épuiserait en secours gratuits. Les avances faites par le pouvoir ne doivent jamais être qu’un placement. Il y a toujours quelques industries vers lesquelles les bras ne se dirigent pas, parce qu’elles ne sont pas vivifiées par les capitaux : telles sont chez nous l’agriculture, la marine marchande, la colonisation extérieure. Pourquoi n’entreprendrait-on pas de raviver ces industries stagnantes, en attirant vers elles les capitaux par des combinaisons de crédit ? En faveur de l’agriculture, on peut constituer le crédit foncier dont plusieurs états du Nord ont tant à se louer. Un grand système d’exploitations coloniales ranimerait notre commerce maritime. Tous les hommes appelés dans ces nouvelles carrières deviendraient consommateurs et contribuables utiles, au lieu d’être des producteurs nécessiteux. Les fabricans, ayant plus de commandes avec moins d’ouvriers à leur discrétion, seraient forcés d’élever les