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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/160

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d’une académie départementale. Une étude historique, sobre et pourtant suffisante, sur les conditions anciennes et modernes du travail humain, forme l’exposé des motifs de l’auteur. On y devine un de ces hommes loyaux et sensés qui conservent la religion du passé, qui s’inspirent pieusement de la sagesse des ancêtres, mais qui sentent la nécessité de vivre avec ce qui existe, et, pour preuve de leur adhésion sincère au présent, prennent à tâche de l’améliorer. M. de Lafarelle, sans s’abuser sur les inconvéniens des corporations closes et privilégiées du moyen-âge, pense qu’il y aurait avantage à renouveler cette institution, en l’appropriant au génie indépendant du XIXe siècle. Suivant lui, une communauté libre et accessible à tous, une simple organisation disciplinaire, suffirait pour enchaîner ces rivalités haineuses et meurtrières que fomente la concurrence illimitée, et atténueraient le paupérisme en régularisant la condition de la classe laborieuse. Il est difficile de partager cette espérance, à la lecture des cinquante articles de son programme : « La distribution de tous les marchands, y est-il dit, de tous les artisans et ouvriers des classes et professions industrielles en corps de communauté, est de droit commun. — Toutefois, l’admission dans eus communautés est facultative et non pas obligatoire. Celui qui n’aura pas voulu s’y affilier continuera d’exercer librement son état. — La communauté de chaque profession se composera, dans chaque commune, de trois sortes de membres, les maîtres, les ouvriers ou compagnons, les apprentis. — Le temps requis pour l’apprentissage et un examen sur l’état ou la profession seront nécessaires pour parvenir à la maîtrise. — Chaque communauté aura un règlement particulier, et nommera un syndicat dans lequel les compagnons seront représentés comme les maîtres. Les attributions des syndicats seront purement disciplinaires : ils provoqueront le blâme, et même les punitions méritées par des actes ou des opérations entachées de déloyauté. Toutefois ils ne pourront, en aucun cas, intervenir pour contrôler les moyens de fabrication, pour limiter les prix de main d’œuvre ou de vente, dispositions destinées à séparer nettement l’organisation industrielle moderne du régime des anciennes jurandes. — La juridiction des prud’hommes sera étendue et rendue commune à toutes les communautés. — Un bureau central et permanent du commerce, des manufactures et des arts et métiers, formera le couronnement de l’organisation industrielle française, et siégera auprès du ministère du commerce. La mission de ce bureau consistera à diriger autant que possible la production nationale, à indiquer les besoins, à signaler les encombremens, à exercer enfin une haute et bienveillante tutelle. L’auteur de ce projet a donné l’exemple d’une louable sincérité en énumérant les objections qu’on ne manquera pas de lui opposer : par exemple, l’impossibilité d’établir une classification stable des métiers, avec la division du travail, l’emploi des mécaniques, la transformation quotidienne des procédés de l’industrie, les entraves souvent inutiles de l’apprentissage et du compagnonnage, l’insuffisance de la discipline proposée, surtout en ce qui concerne les ouvriers des grandes fa-