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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/16

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que mon omelette est fade ; elle le serait à moins ! L’infâme Marcel, jaloux de ma gloire, nous a fait manger une omelette aux oignons de tulipes !

Arnold. — Pas possible !

Morsy. — Voyez vous-même.

Arnold. — C’est ma foi vrai !

Marcel. — Je n’ai jamais vu des tulipes qu’en fleurs.

Morsy. — C’est que celles-là sont défleuries. C’est un mets nouveau, mais très-mauvais ; je vais refaire une autre omelette.

Mme Morsy. — Non, on n’a plus faim.

Cotel. — On n’a plus faim ; passons au dessert.

Cotel jeune. — Dans les quatre-vingt-dix manières d’arranger les œufs, nous avons oublié les œufs à la neige.

Mlle Morsy. — Ah ! quel dommage !

Morsy. — Mais nous avons inventé une quatre-vingt-onzième manière : l’omelette aux oignons de tulipes.

Eugène. — Je bois à l’inventeur, à Marcel !

Marcel. — Ah ça ! Arnold, comment êtes-vous entré ici ?

Arnold, bas. — Hypocrite ! (haut.) Par une brèche du mur, derrière la maison.

On cause, on rit, on boit, les hommes sont un peu gris. La voiture de M. Morsy arrive, ses domestiques attèlent le cabriolet de M. Cotel, Marcel bride lui-même son cheval ; Arnold propose que chacun mette sa carte sur un plat vide au milieu de la table, et il écrit sur la sienne :

« Mon cher Bressier,

« Vous aviez oublié un dîner que vous deviez donner aujourd’hui ; remerciez-moi, j’ai réparé de mon mieux votre défaut de mémoire ; la chère était médiocre, mais nous nous sommes rattrapés sur le vin.

 « Votre affectionné cousin. »

Arnold reconduit tout le monde, ferme les portes, et sort par où il était entré ; puis il monte dans la voiture de M. Morsy et donne le signal du départ. Marcel salue et prend le devant avec son cheval. Bientôt on le perd de vue.