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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/159

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affections. Nous ne voyons pas même clairement que ces spoliations dussent tourner au profit de la classe pauvre, car moins grande est la difficulté de lever un impôt que d’en faire parvenir le fruit à ceux qu’on désire secourir. Les lots de terre et les actions industrielles mis en vente retourneraient en grande partie aux détenteurs de capitaux. Quelle immense carrière ouverte à l’agiotage !

La nécessité d’une coordination, d’une discipline pour l’armée industrielle, est le point sur lequel on insiste généralement. Entre les projets que nous avons sous les yeux, c’est presque un concours à juger. L’auteur de Travail et Salaire voudrait qu’un contrat à long terme liât l’ouvrier au maître ; qu’on, établît entre l’un et l’autre un régime qui tînt le milieu entre la communauté de famille et la subordination féodale. Le spéculateur, réduit à l’état de tuteur ou d’économe, devrait pourvoir aux besoins de ses employés sur le prix des salaires convenus, en leur remettant l’excédant de leurs gains à la fin de l’année. Nous ne nous arrêterons pas à cette conception d’un moraliste qui, à défaut d’études économiques, fait du lyrisme social, sans que le désordre, chez lui, soit un effet de l’art. Les recherches qui terminent son livre sur le prie des denrées et des services, depuis le commencement du XIIIe siècle jusqu’à la mort de Louis XIV, peuvent toutefois être utiles à titre de renseignemens. Le caractère du livre de M. de Chamborant est un enthousiasme parfois naïf pour tout ce qui paraît moral et généreux. Ainsi, il voudrait qu’à l’exemple du grand empereur chinois Taï-tsoung, pour lequel il professe une admiration particulière, on rendît les plus grands honneurs aux vertus de famille, « et que, sur la porte de ceux qui en auraient donné les preuves les plus éclatantes, on inscrivît ces deux mots en grosses lettres Piété filiale ! » Persuadé que l’industrie développe la misère et l’immoralité, il insiste pour qu’elle soit mise en état de suspicion. Le premier article de son règlement est ainsi conçu : « Tous les ateliers, usines et manufactures sont déclarés établissemens insalubres et dangereux, quels que soient le nombre, le sexe et l’âge des ouvriers qui y seront employés. » En conséquence, un établissement industriel ne pourrait être établi qu’en vertu d’une autorisation spéciale, et on exigerait qu’il offrit à la société la garantie d’un cautionnement. On prescrirait que les bâtimens d’exploitation et d’habitation pour tous les enfans et pour une partie des ouvriers employés fussent construits, dans les meilleures conditions hygiéniques. Une infirmerie, une école élémentaire, seraient des dépendances nécessaires de toutes les grandes exploitations. On prendrait en outre des mesures pour faire participer les ouvriers aux bénéfices de la vie commune, etc. Il y avait autrefois une expression consacrée pour ces améliorations à perte de vue ; on disait : C’est le rêve d’un homme de bien.

Le Plan d’une Réorganisation disciplinaire des classes industrielles en France[1], par M. Félix de Lafarelle, nous est présenté avec la sanction

  1. Chez Guillaumin.