Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/157

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de tous les bénéfices possibles auraient pour but de placer la France au nombre des nations pauvres et impuissantes : ce n’est pas assurément ce que désire M. Blanc.

La prétendue réforme aurait encore pour effet d’annuler un grand nombre de professions. Les rentiers, les propriétaires, les spéculateurs, la majorité des hommes de loi et d’affaires, les détaillans, les domestiques dépossédés de leur état, seraient forcés de chercher un refuge dans les ateliers sociaux. Or, qu’arriverait-il s’il s’offrait dans une spécialité un trop grand nombre de bras relativement au maximum des objets à produire ? Admet-on aux conditions ordinaires tous les postulans ? l’atelier se ruine. Réduit-on les salaires pour y faire participer un plus grand nombre, repoussent-on ceux qui sont de trop : là commence la misère. — C’est trop insister sur des objections que le simple bon sens indique. Il n’entre pas dans notre pensée de condamner absolument le principe de l’association. Nous croyons, au contraire, qu’une foule de combinaisons spéciales pourraient être pratiquées avec avantage. Mais se flatter de posséder une formule souveraine et généralement applicable pour satisfaire toutes les ambitions et conjurer toutes les misères, c’est, nous le répétons, une étrange hallucination. Sacrifier le principe de la liberté commerciale, immobiliser la propriété, c’est un grand danger pour le corps politique ; c’est mal servir les intérêts des ouvriers eux-mêmes, qui, pour une prime assez mince, se trouveraient attachés à la glèbe de l’atelier.


VI.

Nous arrivons à la catégorie des publicistes qui conservent l’espoir de concilier les réformes nécessaires avec les principes et les droits acquis. Ceux-ci du moins savent apercevoir les difficultés et en tenir compte. Ils se contentent d’observer les faits, de constater les abus, et de solliciter les mesures qui, suivant eux, auraient pour effet l’amélioration du sort des ouvriers. Dans la série des propositions qui sont faites, il n’en est pas une seule qui n’ait besoin d’être éclairée par un débat spécial, approfondi et minutieux, et ce serait méconnaître la gravité des questions de ce genre que de les trancher par une solution irréfléchie. C’est assez de recueillir et de coordonner les amendemens dignes d’examen.

Il y a dans le livre de M. Buret une idée qui court tristement comme un spectre sorti de la tombe du saint-simonisme. Cette idée est que le fait dominant de l’économie sociale actuelle, le fait provocateur de la misère et de l’anarchie, c’est la séparation de plus en plus absolue qui s’opère entre les deux élémens de la production, le capital et le travail. » L’auteur veut-il dire qu’une bonne législation doit protéger le travailleur contre la rapacité de certains capitalistes, et mettre obstacle à cette force attractive de l’argent, qui produit à la longue une funeste inégalité des fortunes ? Rien n’est plus