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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/147

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énormes enlevées à la circulation ; ou bien il faut, dans les jours de crise où l’impôt ordinaire est insuffisant, procéder par réquisitions brutales, et accabler les citoyens, en leur arrachant d’un seul coup une partie de leur avoir. Mais lorsqu’un superflu existe, l’état l’attire à lui selon ses besoins, par l’appât de la rente qu’il lui offre : sans ces capitalistes, aussi nécessaires qu’ils sont enviés, on ne pourrait faire la grande guerre qu’avec des levées en masse ; on ne pourrait exécuter les grands travaux d’utilité publique qu’en rétablissant les corvées.

Il y a d’ailleurs une exagération blâmable à dire, comme M. Buret, que, la richesse exerce dans notre société droit de vie et de mort sur le pauvre. Si la souveraineté de l’argent est incontestable, elle n’est pas absolue. Le capital a tout autant besoin du travail que les travailleurs ont besoin de lui, et, dans leur coopération nécessaire, chacun à son tour peut faire la loi. Nous ne répéterons pas avec Say que le travail est une marchandise comme toutes les autres, dont le prix se règle par le rapport de la demande et de l’offre. Un ouvrier tisserand, nommé John Scott, appelé récemment devant un comité d’enquête, a donné une leçon aux docteurs qui l’interrogeaient, en faisant observer que le caractère d’une marchandise est de pouvoir être accumulé, mais que le labeur d’un journalier n’est pas susceptible d’accumulation, et que toute heure non rétribuée est perdue pour lui sans dédommagement. Cette démonstration, si juste qu’elle soit, n’est applicable qu’à un cas exceptionnel, c’est-à-dire, aux temps de chômage. En thèse générale, la grande loi développée par Smith n’en est pas moins vraie. Il y a pour les nations prises collectivement, comme pour chaque industrie en particulier, des périodes ascendantes, où les produits trouvent un débit facile et croissant, où le marché extérieur s’élargit sans cesse ; il y a aussi une période descendante, où le marché se rétrécit, où les exploitations deviennent languissantes et ingrates. Dans l’époque de croissance, la demande des bras fait surenchérir les salaires ; l’ouvrier profite de la concurrence que se font les maîtres, et s’épanouit dans l’aisance. Lorsque vient au contraire une époque d’affaissement, à mesure que la nation, perdant de son crédit à l’extérieur, est plus pressée parla concurrence, la subvention offerte au travail s’amoindrit. Les entrepreneurs ne se retirent pas sans combat devant leurs rivaux étrangers : ils réduisent par tous les moyens imaginables les frais de production ; il ne suffit plus d’abaisser les salaires, il faut remplacer successivement les hommes adultes par des femmes, celles-ci par des enfans, et autant que possible les enfans par des machines. Mais il est difficile de s’arrêter sur une pente fatale. La somme des bénéfices à répartir diminuant sans cesse, il y a des chômages, c’est-à-dire, des intermittences dans l’emploi du capital fixe, et c’en est assez pour ruiner les entrepreneurs dont la fortune n’est pas bien assise. Quant au capital circulant, il se transporte dans les emprunts étrangers, ou il met un prix excessif à la propriété foncière, ou bien enfin il s’épuise dans les dépenses improductives, dans un luxe insolent et corrupteur. Cependant la population