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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/129

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la monographie d’une science qu’un discours sur les progrès de la civilisation, qu’un vague aperçu des mouvemens de l’humanité, à partir du paradis terrestre jusqu’aux récentes convulsions du chartisme anglais. Dans ce cadre démesurément élargi, les élans religieux, les digressions politiques, étouffent trop souvent les notions positives.

Essayons toutefois d’y saisir quelques faits importans que l’auteur aurait dû mettre en saillie, et de résumer l’histoire des grandes expériences économiques accomplies jusqu’à ce jour ; il nous sera plus facile ensuite de mesurer la portée des problèmes dont la science cherche aujourd’hui la solution.

Une société n’existe que par le travail : plus elle avance en civilisation, et plus augmente la somme des travaux qui doivent être exécutés en son sein. L’accomplissement du travail exige deux conditions : premièrement, que le travailleur vive jusqu’à l’achèvement de l’œuvre ; secondement, qu’il possède les élémens à transformer et les outils de son état. Or, la nourriture, les matériaux, les machines, les simples outils, toutes ces choses qu’on idéalise sous le nom de capital [1], sont le résultat d’un travail antérieur. Le capital d’une nation est donc, à proprement parler, du travail condensé et mobilisé ; à ce titre, il est saint et inattaquable. Mais comment les moyens du travail arriveront-ils dans les mains laborieuses ? Parfois le capital se trouve fatalement à la disposition d’une classe privilégiée, qui le confie aux classes inférieures : c’est le gouvernement primitif des castes ; ou bien un certain nombre d’individus s’arrogent, avec les élémens du travail, le privilège d’acheter corps et ame le travailleur lui-même : c’est le régime de l’esclavage gréco-romain. Souvent la transmission du capital n’est qu’un contrat temporaire entre deux hommes libres : telle est la loi qui régit communément le monde chrétien. Enfin, il pourrait se faire qu’il n’y eût dans une société qu’un seul capitaliste, l’état, personne morale et impérissable, inhabile à aliéner le fonds commun, mais le répartissant entre les individus, selon les aptitudes présumées de chacun, de façon à entretenir l’activité sociale : tel est le système essayé à petit bruit dans quelques corporations religieuses ; tel est le rêve fiévreux des utopistes de nos jours. Ces combinaisons principales, diversement modifiées, ont été mises à l’épreuve pendant le cours des âges.

En considérant l’organisation économique des différens peuples, on reconnaît qu’ils ont oscillé entre deux extrémités fatales. Dans les pays où les transactions sont gênées par les lois ou par la religion, où la faculté d’acquérir et de conserver est limitée, l’industrie humaine ne prend pas tout son essor, et il y a une énorme déperdition de forces. Le capital national, c’est-à-dire cette portion de la fortune publique qui, comme la semence réservée par le laboureur, sert à la reproduction profitable des richesses, diminue, au lieu d’augmenter ; le travail languit faute d’alimens, et l’appauvrissement insen-

  1. Le capitaliste qui prête de l’argent livre la représentation de toutes ces choses.