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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/122

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nufacturière, n’a produit que la moitié des résultats qu’on en attendait. L’agriculture a été protégée, mais le cours de l’échange n’a pas été rétabli, parce que le principe destructeur de l’échange a été maintenu dans la loi.

Lord John Russell avait éloquemment prédit et caractérisé les effets que produirait la mesure proposée par le gouvernement, quand il avait dit, dans la péroraison d’un de ses plus excellens discours : « Je crois, comme vous le dites, qu’il est impossible d’attendre une amélioration sensible d’une mesure qui conserve tous les principes vicieux de l’ancienne loi, qui encourage la spéculation, qui garrotte le commerce, et qui vous interdit le blé de l’Amérique et de la mer Noire. Une pareille mesure, en effet, n’apportera aucun soulagement à la détresse publique. Faites tout ce que vous voudrez ; mais, croyez-moi, n’adoptez point cette loi. Si vous croyez que la loi actuelle est basée sur des principes salutaires, et qu’elle est utile au pays, ne vous inquiétez point de ses défauts secondaires ; maintenez-la pour le bien public. Ne faites point d’innovations, à moins que vous n’en fassiez dans un but salutaire. Bacon a dit, dans un langage qui a souvent été admiré, que le maintien prolongé d’un abus est une source de trouble aussi féconde qu’une manie intempestive d’innovation. Mais il n’a jamais songé qu’il pût se rencontrer une mesure qui contiendrait en elle tous les défauts de la routine et en même temps tous les vices de l’innovation, une mesure qui serait un changement, par conséquent une perturbation, mais qui ne serait pas même un progrès ; une mesure qui, après avoir excité de longues espérances, n’aurait que les apparences d’un changement, et qui serait en réalité fondée sur ces mêmes principes qui avaient été condamnés par la voix publique. Telle est, à mes yeux, la mesure que vous proposez. Ne vous avisez point de faire des lois, si vous ne voulez pas changer ces principes funestes. Attendez, et considérez mieux les intérêts que vous voulez régler. S’il est vrai, comme vous le dites, que le droit fixe excite tout autant de haine que le droit mobile ; s’il est vrai que la protection légitime due à l’agriculture soulève nécessairement des inimitiés, je ne reculerai point, quant à moi, devant cette impopularité, car j’aimerai mieux braver toute inimitié, quelle qu’elle soit, que de ne pas faire justice à l’agriculture aussi bien qu’à l’industrie. Mais si vous faites passer cette mesure, sachez bien, quoique dans l’état avancé de la civilisation dans un pays comme le nôtre je ne redoute pas le renouvellement des scènes sau-