Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/121

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à la détresse de la population ouvrière. En effet, il ne faut point s’exagérer l’influence que peut avoir, sur la situation économique d’un pays, le prix auquel s’y élèvent les objets de consommation, ni évaluer la détresse de la population en Angleterre en raison de la cherté du pain. Le plus ou moins d’élévation du prix des denrées n’est qu’une considération secondaire, quand le chiffre des salaires acquiert les mêmes proportions. Ainsi sir Robert Peel a montré, d’après des tableaux de statistique du docteur Bowring, que malgré le haut prix de la viande, du sucre et du blé en Angleterre, le chiffre de la consommation de chaque individu y est cependant plus élevé qu’il ne l’est sur le continent. Ainsi, en Prusse, une population de 14 millions d’habitans consomme 485 millions de livres de viande, ce qui fait environ 35 livres par individu, tandis qu’en Angleterre la consommation moyenne de la viande est de 50 livres par individu, et a été quelquefois estimée le double. Pour le sucre, il paraît qu’en France la consommation est évaluée à 5 livres par tète, en Prusse à 4 livres, dans les autres états de l’Europe à 2 livres 1/2, tandis qu’en Angleterre elle est de 17 livres. Pour le blé, le docteur Bowring évalue la consommation, en Prusse, à moins de 3 hectolitres par tête, tandis qu’il l’évalue, en Angleterre, à plus de 2 quarters ou 6 hectolitres, c’est-à-dire le double. Il est vrai qu’un autre statisticien aussi renommé (ce qui serait de nature à ne pas inspirer un grand respect pour la statistique) a réduit cette évaluation à moins d’un quarter. En dernier résultat, néanmoins, on trouve toujours que, malgré la plus grande élévation des prix, la somme de la consommation est plus considérable en Angleterre que partout ailleurs.

Il ne faut donc point régler la statistique de la misère sur celle du prix des objets de consommation. Il se rencontre souvent, dans les années les plus prospères, une détresse partielle très grande. C’est ainsi qu’en 183G, c’est-à-dire dans une des années où le prix du blé était descendu le plus bas, et où les manufactures avaient réalisé le plus de bénéfices, il y eut dans certaines classes de la population une aggravation considérable de la misère, et nous avons vu tout à l’heure comment, malgré l’augmentation extraordinaire qui avait eu lieu dans les importations depuis l’adoption de la nouvelle loi, le prix des grains s’était cependant maintenu à une très grande élévation. Ainsi, la réforme apportée par sir Robert Peel à la législation des céréales, qui avait pour but de maintenir la protection due à l’industrie agricole, en élargissant en même temps les débouchés de l’industrie ma-