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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/12

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— Au contraire, c’est que j’ai fait dételer votre cabriolet, et que votre cheval est avec celui de Marcel, à l’écurie, où ils tiennent conseil comme nous sans doute, car je n’ai pas trouvé une botte de foin.

— Il faut ratteler.

— Où irez-vous ?

— À la ville.

— Il faut trois heures de route.

— Avez-vous une meilleure idée ?

— Certainement, et la seule bonne, la seule raisonnable.

— Voyons-la.

— On nous a invités à dîner ici : eh bien ! nous dînerons ici ; nous n’aurons de moins que les maîtres de la maison, et comme nous sommes venus plutôt pour le dîner que…

— Allons donc ! parlez pour vous.

— Et comment dînerons-nous ici ?

— Je n’en sais rien, mais nous dînerons, tandis qu’en essayant de dîner ailleurs, nous ne dînerions pas du tout. Permettez-moi de subvenir de mon mieux à l’oubli des maîtres de la maison, et de les remplacer ; je suis sûr qu’ils en seront remplis de reconnaissance pour moi. D’abord, voulez-vous vous rafraîchir ?

— Ah çà, est-ce que tout de bon nous restons ici ?

— Certainement.

— Pour moi, dit Mme Morsy, je suis incapable de faire dix pas à pied.

— Et moi, dit M. Morsy, mes dents font feu quand elles se touchent.

Arnold. — Voyons, Marcel, aide-nous un peu ; je mets en réquisition les plus jeunes de la société, M. Cotel et son frère ; les dames mettront le couvert.

M. Morsy. — Comment ! il n’y a pas seulement un domestique ?

Arnold. — Il n’y a personne.

M. Cotel. — Mais c’est inoui !

Arnold. — Voyons, voyons, gardons pour le dessert le mal que nous avons tant envie de dire des maîtres de céans. Notre position est nettement dessinée, il faut dîner. M. Morsy, sa femme et sa fille n’ont pas de voiture, et, comme j’ai compté qu’ils me remmèneraient, je n’en ai pas non plus ; le cheval de M. Cotel est sur les dents.

M. Cotel. — Mon cher, mon cheval ferait vingt lieues sans être sur les dents.