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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/118

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dans l’état actuel des finances de l’Angleterre, elle a considérablement augmenté le revenu public.

En présence d’aussi heureux résultats, il semble qu’il y ait une certaine inconséquence dans les reproches que nous adressons à la mesure adoptée par sir Robert Peel ; mais il faut remarquer que cette mesure n’a opéré aussi avantageusement que parce qu’elle se rapprochait autant que possible du principe du droit fixe. Le résultat le plus important qu’elle ait produit a été sans contredit d’avoir donné aux prix des céréales une permanence et une sorte de niveau qu’ils ne connaissaient pas encore. Par l’effet de la restriction apportée à la mobilité de l’échelle ascendante et descendante, ces prix, au lieu de sauter comme naguère plusieurs chiffres à la fois, se sont élevés et abaissés avec une régularité qui n’a laissé que fort peu de prise à la spéculation ; mais ces changemens remarquables se sont accomplis en dépit même du principe mobile maintenu dans le mécanisme de la loi, et ils ne peuvent être qu’un nouveau témoignage de la supériorité du principe du droit fixe, et de la nécessité de l’adopter par la suite.

La seule objection qui se présente contre le système du droit fixe, c’est que, dans les temps de disette, il doit peser sur la consommation plus rigoureusement encore que le droit mobile, qui peut descendre jusqu’à un shelling, tandis que le droit fixe reste toujours au même chiffre. Il peut donc se rencontrer des cas de force majeure où il devienne nécessaire de restreindre ou de suspendre momentanément l’exercice de la loi, et alors le système du droit fixe perd son premier mérite, qui était d’établir la permanence du tarif et la sécurité des relations commerciales. Cette objection peut s’appliquer à tous les actes de législation, même à ceux qui approchent le plus de la perfection. Dans toutes les lois humaines, il faut faire la part des exceptions qui ne dépendent ni de la volonté ni de la prévoyance du législateur. Les saisons sont dans les mains d’un pouvoir irresponsable ; quand il plaît à Dieu, dans ses desseins secrets, de déjouer les calculs de la prudence terrestre et de suspendre l’action régulière de ses propres lois, il donne en quelque sorte à l’homme le droit de le suivre et de l’imiter. Ainsi, dans les temps de disette, il appartient au pouvoir exécutif de réparer les imperfections de la loi, et de pourvoir aux premiers besoins de la population. Cependant il y aura toujours à faire cette distinction, que, dans l’application d’un droit fixe, d’irrégularité n’est qu’une exception, tandis que, dans