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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/111

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proportions du revenu. Que cherchez-vous donc tout ce temps-là ? Cherchez-vous par hasard la pierre philosophale ? Vous n’avez pas, j’imagine, trouvé un alchimiste qui vous ait donné la recette de la transmutation des métaux. » Le duc de Wellington se contentait de répondre qu’il n’avait pas suffisamment considéré la situation des affaires pour pouvoir prendre des engagemens. Ce silence de sinistre augure était loin de rassurer les tories. Les plus impatiens murmuraient hautement. « J’entends répéter, disait le duc de Richmond, que sir Robert Peel fera volte-face aux dépens de ses amis, comme il l’a fait pour l’émancipation des catholiques, et qu’il leur fera avaler de force ces mêmes mesures qu’il a si fortement combattues. Et moi je dirai à sir Robert Peel et à ceux qui le soutiennent, que les agriculteurs sauront bien le chasser du pouvoir (turn him out), comme ils ont su l’y élever. » Ces hautaines menaces inquiétaient peu sir Robert Peel, il savait qu’il était l’homme nécessaire, et que les tories n’avaient pas le choix. Sans doute les agriculteurs, ainsi qu’ils s’appelaient eux-mêmes, avaient fait les dernières élections ; sans doute, par leur prépondérance dans les comtés et par leurs relations avec l’église, ils formaient la véritable majorité dans le pays ; mais, assez puissans pour disposer du pouvoir, ils ne l’étaient pas assez pour l’exercer par eux-mêmes. Un ministère tel que le rêvaient certains conservateurs, dans lequel seraient entrés le duc de Buckingham, lord Ashley, sir Robert Inglis et autres tories de la vieille roche, n’aurait pas vécu huit jours. Sir Robert Peel sentait donc sa force, et il en usait. Il traitait avec la plus complète indifférence les menaces des hauts barons, il poursuivait froidement sa marche â travers tous les obstacles et au milieu des murmures. Le moment vint bientôt où il laissa tomber le voile qui couvrait encore ses projets. Deux jours avant la réunion des chambres, les journaux tories publièrent un paragraphe très bref, annonçant que le duc de Buckingham se retirait du cabinet. La retraite du représentant officie des intérêts agricoles opéra comme un coup de théâtre ; ce qui restait d’illusions chez les uns, de doutes chez les autres, s’évanouit comme la fumée, et ce fut au milieu d’une excitation qui ne s’était pas vue depuis dix années que la reine vint annoncer au parlement qu’il aurait à prendre en considération les lois qui réglaient l’importation des grains.

Quelques jours après l’ouverture de la session, le premier ministre vint exposer les modifications qu’il se proposait d’apporter à la loi