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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/110

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toucherait aux lois des céréales ne résisterait pas à l’épreuve d’une élection générale. On sait avec quelle exactitude cette prédiction fut vérifiée. Le parti whig essuya l’année dernière une déroute qui ne peut être comparée qu’à celle qu’avait éprouvée le parti tory en 1831. Tous les fermiers de la Grande-Bretagne se levèrent comme un seul homme, et balayèrent comme des feuilles mortes les hommes qui avaient porté la main sur le code protecteur de l’agriculture. Et pourtant ils ne pouvaient se défendre d’une vague inquiétude ; ils se sentaient entraînés par le courant des faits, et emportés par le torrent de la nécessité. Tout avait changé autour d’eux ; le parti tory avait quitté son nom traditionnel, le vieux nom de ses pères, pour s’appeler le parti conservateur ; et quels étaient les chefs de cette école moderne ? C’était sir Robert Peel, homme nouveau chargé de la défense des intérêts anciens, fils de l’industrie devenu le représentant de l’agriculture ; c’était le duc de Wellington auquel son grand âge et ses immenses services faisaient à peine pardonner le souvenir de l’émancipation catholique ; c’était lord Stanley, c’était sir James Graham, dont les noms étaient attachés, avec celui de lord John Russell, au grand acte de la réforme.

Nous nous sommes toujours demandé ce qu’était venu faire le duc de Buckingham dans la nouvelle administration. Était-il dupe ou compère ? Sir Robert Peel avait-il espéré le rallier et l’associer à des réformes désormais inévitables, ou bien ne se servait-il de ce nom significatif que pour entretenir les illusions du parti agricole ? Rien n’était curieux comme de voir à cette époque le duc de Wellington revenant de sa terre de Strathfieldsaye et semant sur sa route cet aphorisme à l’usage de tous les ministres « Il y a quelque chose à faire, » et d’un autre côté le duc de Buckingham rassemblant ses tenanciers et leur disant : « Tant que je ferai partie du ministère, vous n’avez rien à craindre ; ma conduite passée vous répond de ma conduite à venir. » En effet, tant que le duc des céréales, comme on l’appelait, the corn law duke, resta dans le cabinet, le parti agricole put encore conserver quelque espoir.

Dans la courte session qui suivit les élections générales, les nouveaux ministres refusèrent toute explication sur les mesures qu’ils préparaient. Quand lord Melbourne, avec son ironie froide et pleine de bonhomie, leur disait : « Quel est donc ce mystère ? La question est très claire. Il y a déficit ; vous avez donc à choisir entre élever le revenu aux proportions de la dépense, ou réduire la dépense aux