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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1052

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mens. Aucun succès n’est plus légitime que celui-là. Dans un temps où personne ne se fait scrupule de flatter, pour réussir, les passions de la foule, et où les lettres sont devenues des vassales du caprice et de la mode, il faut assurément quelque courage, il faut sans aucun doute beaucoup de talent pour fustiger de la sorte, et devant le public, tous les mauvais penchans du public, pour fronder tous ses ridicules, pour railler sans pitié tous ses engouemens. D’autres ont introduit dans l’enseignement de la littérature l’esthétique ou l’érudition ; M. Saint-Marc y a introduit précisément ce qui manque le plus à la littérature de ce temps-ci, la morale. Dans l’ordre intellectuel, c’est un criterium qui en vaut un autre, et il se trouve même par là que, le beau n’étant guère distinct du vrai ni du bien, le goût et le bon sens ont à profiter de ces leçons tout comme la morale. Cette année, M. Saint-Marc Girardin a pris une donnée piquante, un cadre ingénieux, qui se trouve être en même temps le plan d’un livre qu’il prépare : ce sera double profit. Traiter des passions au théâtre depuis Corneille, c’est tout simplement faire l’histoire de la scène française et de ses destinées diverses ; c’est aussi retrouver, expliquées par les plus grands génies, toutes les questions qui intéressent la société et la famille ; c’est mettre enfin aux prises le passé et le présent, c’est embrasser dans son plus noble développement notre littérature nationale. Personne n’est plus fait que M. Saint-Marc Girardin pour une pareille tache, et le public qui lit confirmera bientôt, nous l’espérons, les jugemens du public qui écoute.


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Parmi les publications nouvelles, il faut remarquer les Petites Misères de la vie humaine, par Old-Nick et Grandville [1]. Old-Niek est le pseudonyme bien connu sous lequel se cache le nom d’un des critiques les plus distingués de la presse quotidienne ; quant à Grandville, voici bien long-temps déjà que sa verve défraie avec un continuel bonheur la caricature contemporaine. La plume incisive et le crayon moqueur se sont unis pour nous donner une œuvre étourdissante d’aperçus bouffons et de physiononies drolatiques. Chaque phrase est traduite par un dessin où l’artiste rend dans ses finesses les plus cachées la pensée de l’écrivain. Ainsi que l’indique le titre de leur ouvrage, les auteurs des Petites Misères de la vie humaine se sont proposé de nous faire passer en revue toute cette série de poignantes et mesquines infortunes dont se compose l’existence journalière. Je ne sais aucune tribulation qu’ils aient oubliée. L’humanité tout entière a dans ce livre l’histoire de ses grotesques douleurs. L’art des illustrations, poussé de nos jours à un si haut degré de perfection, n’a jamais rien produit de plus piquant que les gravures des Petites Misères de la vie humaine. Vous avez sous une forme sensible les pensées les plus extravagantes, les plus capricieuses fantaisies de l’imagination. C’est une cervelle d’artiste qui vous laisse pénétrer dans tous ses rêves. Le succès du livre d’Old-Nick,et de Grandville est assuré par l’heu-

  1. Chez Fournier, rue Saint-Benoît, 7