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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1045

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coutume. Historien zélé de M. Frayssinous, il a suivi l’évêque d’Hermopolis dans des régions où son auditoire n’était point disposé à pénétrer. Nous n’avons plus de ces curiosités théologiques dont se préoccupaient les esprits les plus mondains à l’époque où Mme de Sévigné savourait la lecture des Provinciales. La question de la fatalité et du libre arbitre, sur laquelle M. le chancelier s’est étendu, laisse assez calmes les intelligences. On épiait avec impatience dans la bouche de M. Pasquier chaque mot qui pouvait ra­mener sa pensée aux intérêts de cette terre, et l’on se résignait avec quelque peine en le voyant toujours revenir aux intérêts qui ne sont pas après tout ceux auxquels sa carrière fut consacrée.

M. Mignet a ramené l’éloquence académique dans des lieux plus familiers aux intelligences des auditeurs. Produisant au grand jour des titres que M. Pasquier avait trop laissés dans l’ombre, il a justifié le choix de l’Acadé­mie en lui racontant l’existence qu’elle couronnait. Son discours, constam­ment écouté avec faveur, a été fécond en aperçus politiques et en aperçus littéraires. On sait quelle vive et forte intelligence se montre toujours dans les jugemens littéraires de M. Mignet ; quant à ses vues politiques, elles ont été franchement celles dont son passé lui faisait une condition. C’est sans aucun sacrifice d’opinions que M. Mignet a caractérisé tour à tour chacune des époques traversées par la vie qu’il esquissait. Ceux qui ne sont pas en complète communion de pensées avec l’historien de la révolution française ont trouvé du moins un plaisir constant d’oreille et d’esprit dans le tour élé­gant de ses phrases et le choix harmonieux de ses mots.

Ne terminons point l’histoire de cette séance sans insister sur un des faits qu’on y a proclamés avec le plus d’applaudissemens. A la fin de son discours, M. Pasquier, se déterminant enfin à laisser de côté la théologie, a donné tout le secret de sa conduite politique dans un éloge de la modération, et il a prouvé, par un coup d’œil jeté avec une remarquable sûreté philosophique sur les temps actuels, que toute la puissance et la grandeur de la France à notre époque étaient dans cette vertu. Ces paroles pacifiques dans la bouche d’un homme qui est au premier rang dans les conseils de l’état ont fait une vive impression. Oui, ce sera une des gloires immortelles de la France, qui depuis tant de siècles est toujours entrée la première dans toutes les voies civilisatrices, d’avoir la première encore rayé la rigueur des moyens par les­quels elle prétend être gouvernée, et il faut se féliciter que les représentans de l’intelligence du pays témoignent leur gratitude à ceux qui, par leur con­duite et leurs actions, ont contribué à faire pénétrer de plus en plus dans notre esprit ces principes souverains de douceur.


G. DE MOLÈNES.