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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1043

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armes, je doute fort qu’elle eût été jouée ; en tout cas, elle n’eût excité qu’un fort médiocre intérêt. Ce n’est point que tous les élémens de gaieté manquent à cette pièce, c’est qu’elle est avortée. Je m’imagine qu’en chevauchant sur les grandes routes, M. Dumas aura songé à quelques-unes des charmantes bluettes de Molière, et, tout en se laissant aller aux capricieuses impressions de cet aimable souvenir, en pensant à ces petits drames tendres et moqueurs où l’on respire le même parfum que dans les contes de La Fontaine, il se sera joué à lui-même, dans son cerveau, quelque pièce où Scapin glissait un poulet à une jolie fille derrière les épaules d’un barbon. Si M. Dumas était un de ces sages et heureux poètes qui accueillent comme une aubaine, qu’ils ne sont pas obligés de faire partager aux autres, les douces rêveries que le ciel leur envoie ; qui se contentent de jouir, sans prendre note de leurs jouis­sances, des frais visages, des voix d’oiseaux et des pensées riantes dont tout voyage est égayé, il aurait oublié ces songeries avec mille autres à la pre­mière poste où il se serait arrêté. Mais M. Damas n’oublie rien : ce qu’il a rêvé, il l’a écrit ; et comme il n’est pas homme à écrire seulement pour son cœur, au lieu de l’expression ingénue d’une fantaisie, ce qui du moins aurait un certain charme, nous avons une fantaisie arrangée pour une fin productive. Halifax est écrit pour un théâtre de vaudevilles. Il y a deux élémens dans Halifax, un élément poétique et un élément industriel ; mal­heureusement c’est ce dernier qui domine. Un prologue vif et rapide où s’é­changent de gais propos et de hardis coups d’épée nous fait croire à une pièce aux allures nouvelles, et trois actes d’une prose banale trompent toutes nos espérances. Adieu l’esprit de Sganarelle et du Songe d’une nuit d’été ! nous retombons dans le répertoire d’Odry. M. Dumas ne se lassera-t-il point de compromettre, par un insatiable désir de lucre, les plus précieux trésors de son ame ? Qu’il voie où l’entraîne cette funeste habitude de faire tout servir à un seul but. Certes, nul ne songe à douter ni de son cœur, ni de son ima­gination. Eh bien ! dans Halifax, il déflore une rêverie, comme dans un écrit qu’il faut tâcher d’oublier, il profane une douleur.

Le dernier évènement dont le monde littéraire se soit ému, c’est la récep­tion de M. le baron Pasquier à l’Académie française. Le discours du récipien­daire et celui du directeur ont délivré la critique d’un grand embarras en posant franchement la question que le choix de l’Académie avait décidée. D’aucun côté, il n’y a eu hypocrisie. On a donné à cette solennité le caractère grave et instructif qui convient à toutes les solennités de l’époque actuelle, en recevant non point, pour parler le langage du XVIIIe siècle, un amant discret des Muses, mais un homme qu’un nom depuis long-temps illustré et de hautes fonctions acquises par des services bien connus plaçaient dans une des classes candidats où se recrute l’Académie. Il faut qu’on se le persuade bien, l’Aca­démie n’est pas une institution démocratique ; cela est si vrai, qu’elle dis­parut dans les jours où fut renversée la société ancienne. L’homme à qui nous devons le dénouement triomphant de la crise révolutionnaire la rétablit,