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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1032

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lors nous ne serions pas surpris d’apprendre qu’il y a quelque chose de vrai dans les représentations qu’on dit avoir été faites par telle ou telle puissance. C’est toujours le même système : essayer de troubler, d’inquiéter, d’arrêter. Mais que nous importe ? ces faits, fussent-ils réels, n’ont aucune portée sérieuse. C’est de l’humeur ; il faut la laisser passer sans colère comme sans crainte, et faire ses affaires. Restons dans les limites de la justice, du droit, et faisons peu d’attention au reste. Malheur à la France le jour où les grands seigneurs de la diplomatie seraient tous, du premier au dernier, enchantés d’elle, de sa conduite, de sa politique ! Elle serait alors bien humble, bien faible, bien à plaindre. Ce n’est qu’à ce prix que la France nouvelle pourrait également leur plaire à tous. Rappelons-nous le royaume des Belges, la prise d’Anvers, les fortifications de Paris, que sais-je ? Si la France ne savait pas, en se renfermant dans son droit, s’y maintenir, quels que soient d’ailleurs les désirs et les insinuations de l’étranger, aucun de ces faits n’honorerait son passé, et rien de bon, rien de grand, rien de glorieux ne serait possible pour elle dans l’avenir.

Le gouverneur-général d’Afrique vient d’entreprendre une nouvelle expédition. Il veut, dit-on, enlever au chef arabe son dernier refuge. Abd-el-Kader avait formé une sorte d’établissement dans les monts Ouenséris, qui sont une des parties les plus élevées du grand Atlas. Il y a là plusieurs tribus de Kabyles, plus sauvages et par cela même plus fanatiques peut-être que les babitans des parties moins inaccessibles de ces hautes montagnes. Jusqu’ici aucun fait d’armes n’est connu. L’ennemi, s’il nous attend, concentrera probablement ses efforts dans la portion la plus difficile du pays dont nous voulons l’expulser, Le temps favorisait l’expédition. Faisons des vœux pour que nos braves soldats échappent au seul ennemi que leur courage ne peut dompter, aux pluies africaines. Si Abd-el-Kader est chassé de ce dernier asile et que nous parvenions à former quelque liaison avec les populations, barbares sans doute, mais sédentaires, de ces montagnes, tout retard dans l’œuvre d’une grande et vigoureuse colonisation n’aura plus ni motif ni prétexte. La possession de l’Afrique doit amener un résultat, et ne peut se borner à n’être qu’un camp d’exercices, un moyen d’excursions militaires. Ce serait là donner des armes bien puissantes aux adversaires de l’occupation étendue et progressive. Il faut que le gouvernement s’explique une fois devant les chambres catégoriquement et définitivement, qu’il apporte ses projets, qu’il leur soumette ses travaux. Qu’est devenue une grande commission qui s’est, dit-on, pour mieux travailler, divisée, subdivisée, subdivisée encore en fractions ayant chacune sa mission, son rapporteur, ses explorateurs ? Est-ce pour cette commission que M. Laurence vient d’entreprendre un voyage en Algérie ? Si tous les pairs, députés, savans, fonctionnaires publics, qui ont eu ou qui se sont donné la mission de visiter l’Algérie, lui eussent apporté chacun un élément quelconque d’amélioration, elle serait à cette heure le pays le plus riche et le plus civilisé de notre hémisphère. M. le président du conseil, homme éminemment pratique, esprit positif, peut mieux que personne se tenir éga-