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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1030

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Le marché français nous appartient ; il est notre chose. Bon gré mal gré, c’est de nous seuls que vous achèterez ; en conséquence, c’est à nous seuls que vous vendrez !

Ainsi, point de politique, pas même de politique commerciale, qui est certes de toutes les politiques la plus humble, la plus modeste. Non ; la France, grace aux puissans du jour, est devenue un pays de l’Orient. Sa devise doit être l’immobilité. La France, entendez-vous ? elle qui était le type vivant du génie européen, la France, si mobile, si progressive, si variée, la France, par décret de messieurs tels et tels, deviendra la Chine de l’Europe. Il est vrai que, par une sorte de compensation, on vient de briser les portes de la Chine asiatique.

Ce qui blesserait le plus dans cette affaire, ce serait d’entendre des hommes vous dire gravement, sans rougir : L’union franco-belge déplairait aux puissances. Eh ! messieurs, pourrait-on leur répondre, connaissez-vous quelque chose de vraiment utile à la France qui ne déplaise pas aux puissances ? si ce n’est à toutes, à quelques-unes d’entre elles ? La révolution de juillet a déplu ; le rétablissement de l’ordre a déplu ; la prospérité de la France déplaît ; les fortifications de Paris déplaisent on ne peut plus ; la séparation de la Belgique a déplu, et l’union franco-belge déplairait. Qu’est-ce à dire ? qu’on renoncera à tout ce qui pourrait être avantageux à notre pays, à sa prospérité, à sa grandeur, pour ne pas déplaire à l’étranger ! Ne faisons rien d’illégitime, rien d’injuste : donnons l’exemple, qu’on n’imite guère, de la modération et de l’équité, mais ne renonçons pas à nos droits les plus évidens, au sentiment de notre force et de notre dignité. L’opposition des puissances, si elle existait, ne serait qu’une misérable chicane. La Belgique pour être neutre n’est pas vassale. Et lorsqu’on a permis à la Prusse de briser la confédération germanique à l’aide de l’union commerciale, il serait plus qu’étrange qu’on trouvât à redire sur l’union franco-belge, et il serait plus étrange encore qu’une semblable chicane pût faire fortune en France !

Au surplus, nous ne serions pas étonnés d’apprendre un jour qu’il y a quelque chose de vrai dans ce qu’on raconte de l’opposition des puissances. Ce qui nous porte à le croire, c’est la conduite de ces puissances à l’égard des pays qui pourraient, par leur adhésion morale et leur organisation sociale, fortifier le système politique de la France. Les puissances du Nord n’aiment pas ces pays tels qu’ils sont aujourd’hui. Nous voulons parler de l’Espagne, de la Suisse, de la Belgique. On n’a pas osé les attaquer pour les ramener de force sous le joug, pour y tenter des restaurations. On s’est résigné de mauvaise grace au nouvel état des choses ; mais on a toujours conservé une arrière-pensée : on a l’espérance de les arracher un jour aux idées nouvelles, au système dont la France est le représentant le plus actif et le propagateur le plus assidu. Sans les attaquer, on fait tout ce qu’on peut pour les empêcher de s’organiser, de se consolider, de prendre une marche ferme et régulière. Ici on entretient l’esprit de parti, les divisions intestines, en ne reconnaissant