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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/102

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Aujourd’hui, les districts manufacturiers sont rentrés dans le repos. Sur beaucoup de points, il est vrai, les ateliers restent encore déserts, les ouvriers s’isolent encore des maîtres : l’industrie semble se relever avec peine de la crise qu’elle vient de traverser, et pareille à un grand corps qui a éprouvé une violente secousse, elle ne reprend que lentement l’exercice de ses membres et le jeu de ses muscles d’acier ; mais ce qui ressort le plus distinctement du spectacle des derniers troubles, c’est qu’en Angleterre la société établie possède encore des moyens de défense infiniment supérieurs à tous les moyens d’attaque dont on peut jusqu’à présent disposer contre elle.

Un des traits les plus caractéristiques de cette insurrection des classes ouvrières, c’est que les agitateurs politiques qui ont essayé de l’exploiter au profit de leurs doctrines ont misérablement dans toutes leurs tentatives. Nous ne serions donc, pour notre part, nullement enclin à exagérer la portée des désordres passagers dont l’Angleterre est si souvent le théâtre. Nous sommes persuadé que les abstractions politiques, que le suffrage universel et les cinq articles de la charte, ont, chez ce peuple positif, fort peu de chances de succès. Ce qui, à nos yeux, donne à la récente coalition des ouvriers une véritable gravité, c’est précisément qu’elle n’a eu aucun caractère politique, et que la question dont elle était sortie reste encore entière entre les maîtres et les travailleurs. Les questions les plus dangereuses pour un gouvernement et pour une société sont celles que la législation ne peut atteindre. Quand les commotions populaires ont pour but des changemens dans l’ordre purement politique, la législature peut y mettre un terme, parce qu’elle peut changer les lois ; mais là où finit l’intervention de la loi, commence le péril de la société.

L’instinct sûr et résolu avec lequel les ouvriers coalisés ont nettement séparé leur cause de celle des chartistes nous paraît donc constituer le trait le plus important des derniers troubles, et nous sommes convaincu que tôt ou tard la question des salaires, qui est au fond de ces mouvemens tumultueux, absorbera tous les autres intérêts. La législature recule, et avec raison, devant une intervention qui a toujours été considérée comme impraticable. De son côté, l’aristocratie manufacturière cherche à détourner le véritable cours de la question, et à rejeter sur les lois des céréales la responsabilité d’un malaise qui a sa véritable origine dans les relations mal réglées des maîtres et des travailleurs, et dans les excès d’une production illimitée

C’est pourquoi nous avons vu, dans ces derniers temps, le parti de