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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1006

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Parmi le peu de choses que l’on sait de la Chine, on sait que dans ce pays il n’y a, pour ainsi dire, pas de routes, et que tous les transports s’y font par la navigation, surtout par la navigation intérieure. Les principales artères de cette navigation sont les deux grands fleuves qui traversent la Chine de l’ouest à l’est. Le Yang-tsee-kiang ou fleuve Bleu, parti des montagnes du Thibet, va se jeter dans la mer Jaune, après un cours de plus de mille lieues. Ce fleuve a sept lieues de large à son embouchure, et la marée s’y fait, dit-on, sentir jusqu’à cent cinquante lieues dans l’intérieur des terres. Le Hoang-ho ou fleuve Jaune, descendu aussi des plateaux de l’Asie centrale, séparé à certains momens de son cours par un intervalle de quatre cents lieues du Yang-tsee-kiang, se rapproche de lui en avançant vers la mer, et, à son embouchure, n’en est plus séparé que par un espace de quarante lieues. L’industrie des Chinois a créé une troisième grande ligne de navigation ; c’est le célèbre canal Impérial, qui, parti de Hang-tchou-fou, dans la province de Tchékiang, va déboucher à Tiensing, auprès de Pékin, après avoir traversé l’empire du nord au sud, dans un cours de mille milles. Ce canal fut, dit-on, commencé à la fin du XIIe siècle, et terminé à la fin du XIIIe. Sur une grande étendue, il est large de quinze toises et a des quais en pierre bordés de maisons. De lieue en lieue, il est garni d’écluses. C’est par cette voie de communication que s’approvisionnent la capitale et les provinces du nord, qui tirent leur subsistance des provinces du midi, et, une fois les maîtres de cette ligne, les Anglais pouvaient affamer l’empereur dans Pékin.

Ce fut donc vers l’occupation de ce point important que furent dirigés les plans des commandans anglais. Il fut décidé que l’expédition remonterait le Yang tsee-kiang et irait s’emparer de Nankin, l’ancienne capitale de l’empire.

La flotte anglaise quitta Wosung, qui est à l’embouchure de la rivière du même nom, le 6 juillet 1842, et entra dans le grand fleuve. Ce ne fut que le 14 juillet que les vaisseaux qui ouvraient la marche essuyèrent les premiers feux d’une batterie chinoise qui fut immédiatement emportée et détruite. Le 20, toute l’escadre, composée de soixante-dix voiles, se trouva réunie à Kishen, ou île d’Or, qui était, il y a deux siècles, la résidence d’été des empereurs célestes, et elle jeta l’ancre en face de la ville de Chin-kiang fou. Cette ville est située à cent soixante-dix milles au-dessus de Wosung, et à quarante-huit milles au-dessous de Nankin. Le fleuve a, à cet endroit, un mille et demi de largeur, et le canal impérial vient y déboucher dans les faubourgs de la ville. Pour arriver jusqu’au fleuve, le canal, qui a près de cet endroit un niveau plus élevé, est creusé dans des rochers. Il présente, à cette embouchure, une excavation de quatre-vingts pieds, tandis qu’il n’a guère que douze pieds de largeur. Chin-kiang-fou est une place forte, de plus de quatre milles de circonférence, entourée d’une muraille en briques de vingt-cinq ou trente pieds de hauteur, et très bien bastionnée. Quand la flotte jeta l’ancre devant la ville, les Chinois étaient dans un camp retranché hors des murs ; nais ils ne soutinrent pas la première attaque, et revinrent en désordre dans la place.