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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/10

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— Voyez donc quelle jolie chaumière, dit une belle jeune fille placée sur le devant ; comme ce toit de chaume est couvert d’iris en fleurs !

Le jeune homme salua pour permettre à la voiture de continuer sa route.

M. Morsy fit signe au cocher de marcher, et cria au jeune homme qui s’en allait et qui ne tarda pas à disparaître :

— Vous viendrez dîner demain, n’est-ce pas ?

La voiture se trouva bientôt devant la maison ; les trois personnes qui en descendirent trouvèrent à cette porte un homme qui y frappait à coups redoublés. Elles parurent juger que le bruit qu’il faisait était à la fois suffisant pour le faire entendre, et assez peu convenable, car elles se tinrent à deux pas derrière lui, prêtes à profiter du résultat probable qu’aurait ce bruit, de faire ouvrir la porte, tout en laissant voir à la personne qui viendrait l’ouvrir qu’elles n’en étaient ni les auteurs ni les complices.

Le cocher remonta sur son siège et regagna la route. Le jeune homme, qui s’était jusque-là servi de sa canne, commençait à la remplacer par une pierre ramassée sur le chemin, quand une seconde voiture, un cabriolet, vint déposer deux hommes devant la même porte. Au cabriolet succéda un cheval qui apportait un cavalier du côté opposé.

Le jeune homme qui frappait reconnut le cavalier et lui dit :

— Ma foi, Marcel, à ton tour, puisque te voilà.

Il s’essuya le front avec son mouchoir, et salua les personnes qui étaient derrière lui. Le nouvel arrivé en fit autant, et répondit à son interlocuteur : — Est-ce qu’il y a long-temps que tu frappes, Arnold ?

— Mais il y a vingt minutes que j’ai cassé la sonnette.

— Est-ce qu’il n’y aurait personne ?

— C’est impossible, dit le propriétaire de la première voiture ; et, tirant une lettre de sa poche, il lut à haute voix : « Nous vous attendons à dîner vendredi trois. »

— Vendredi trois, c’est comme moi, dit un des hôtes du cabriolet en exhibant également son invitation.

— C’est bien aujourd’hui vendredi ?

— Oui, certainement.

— C’est le 3 mai ?

— C’est le 3 mai.

Alors, recommençant à frapper, le premier arrivé reprit la pierre,