Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 29.djvu/320

Cette page a été validée par deux contributeurs.
316
REVUE DES DEUX MONDES.

Qu’on ne se trompe pas sur le sens de nos paroles. Le discours de M. Guizot, nous nous empressons de le reconnaître, a été grave, contenu, mûrement pesé. On voyait que l’orateur, pénétré des difficultés de sa position, s’interdisait toute vivacité, réprimait tout élan. Évidemment il n’a dit que ce qu’il voulait dire ; il n’a pas prononcé un mot qui ait pu lui laisser quelque regret ; il n’a rien voulu hasarder, rien donner à la spontanéité de la tribune.

Le discours de M. le ministre des affaires étrangères n’en est que plus digne d’attention. Après avoir décomposé ce qu’on appelle l’affaire d’Orient dans les trois questions différentes qu’elle renfermait, et qui sont la question turco-égyptienne, la question des relations de la Turquie avec l’Europe, enfin la question des rapports de la France avec les grandes puissances européennes, le ministre a entrepris de justifier sur ces trois points l’administration actuelle, en comparant l’état de chacune de ces questions au 29 octobre avec la situation présente.

M. Guizot a attribué le mérite qu’il croit reconnaître dans les solutions obtenues, plus encore à la France qu’au cabinet, plus encore à l’influence naturelle, nécessaire, de notre grand pays qu’à l’habileté diplomatique des serviteurs de la couronne. Ceux-ci n’ont eu, pour ainsi dire, qu’à laisser faire ; la force des choses a fait leur œuvre ; l’isolement, la négation passive de la France pesait sur tous, était un embarras pour tout le monde, une difficulté, un péril, auxquels l’Europe sentait la nécessité de mettre un terme.

Nous ne voulons pas suivre le ministre sur ce terrain. C’était son rôle, son droit, peut-être son devoir, de s’y placer. L’obligation de l’y suivre et de s’y établir à côté de lui n’existe que pour ceux qui sont profondément convaincus de la vérité de deux propositions, fondement du système ministériel sur la question orientale : l’une, que l’arrangement turco-égyptien, en ce qu’il a eu de favorable en dernier lieu aux intérêts du pacha, est dû à l’attitude de la France, et qu’ainsi on ne peut pas reprocher à l’argumentation du ministre ce vice logique qu’on désigne par les mots : Post hoc, ergo propter hoc ; l’autre, que le traité du 13 juillet est plus utile à la France, et pour ses intérêts et pour sa dignité, que n’aurait pu l’être une prolongation ultérieure de notre isolement.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas là la partie, pour nous du moins, la plus vraie, la plus importante du discours de M. Guizot. Ce qui nous a le plus frappés, c’est d’entendre M. le ministre des affaires étrangères pénétrer ensuite résolument dans le cœur même de la question européenne, juger la conduite politique de toutes les puissances, et faire la part de chacun avec la franchise et l’impartialité de l’histoire. Oui, la politique de la France, disait M. Guizot, a essuyé un échec ; mais, si la France s’est trompée à certains égards, d’autres aussi se sont trompés : quand je me permets de parler des erreurs et des fautes de la politique de mon pays, je peux bien prendre la même liberté à l’égard des étrangers. L’Angleterre a sacrifié la grande poli-