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GALILÉE.

Le discours de Guiducci et le Saggiatore ont pour objet de réfuter les assertions des anciens philosophes, d’Aristote principalement, sur les comètes, et de montrer que l’opinion la plus probable est que ces comètes sont des apparences produites par des exhalaisons émanées des astres, répandues dans l’espace et éclairées par le soleil, et qu’on n’en saurait déterminer la distance à la terre par le moyen des parallaxes, avant d’avoir prouvé que ce ne sont pas des phénomènes de position comme l’arc-en-ciel. Bien que Galilée se tienne toujours dans une grande réserve en fait d’hypothèses, on voit cependant qu’il préfère celle-ci. À la vérité, les faits manquaient à l’époque où parurent les trois comètes de 1618, et la santé de Galilée l’avait contraint de s’en rapporter à d’autres pour les observations qui, seules, pouvaient décider la question. Déjà cette opinion avait été émise par Rothmann, astronome du landgrave de Hesse-Cassel et ami de Tycho-Brahé, et par Snellius, habile mathématicien hollandais qui s’est illustré par la découverte de la véritable loi de la réfraction : elle fut ensuite soutenue par le célèbre astronome de Dantzick, Hevelius, et adoptée par Cassini, qui ne l’abandonna que plus tard.

Le Saggiatore n’est pas un ouvrage dogmatique, c’est un écrit polémique rédigé avec un talent inimitable, et l’on conçoit le ressentiment de Grassi. Les jésuites, dont l’animosité pour Galilée s’accrut de plus en plus par suite d’une telle polémique, s’efforcèrent de faire interdire cet ouvrage à propos d’une certaine citation de la Bible, mais ils n’y réussirent pas. Même après avoir perdu l’intérêt de la circonstance, le Saggiatore conserve un charme particulier, car on reconnaît à la fois dans son auteur le penseur profond, le grand écrivain et l’homme d’esprit. Ce livre est rempli d’une foule d’observations physiques du plus haut intérêt ; il contient des doctrines philosophiques qui ont été attribuées plus tard à Descartes et qui appartiennent à Galilée. Nous nous bornerons à citer ici ce principe si célèbre dans le cartésianisme, que les qualités sensibles ne résident point dans les corps, mais sont en nous.

L’impression du Saggiatore avait été retardée par diverses circonstances, et, lorsqu’en 1623 il fut enfin sur le point de paraître, les cardinaux venaient d’élire pour pontife le cardinal Barberini, qui prit le nom d’Urbain VIII. Trois ans auparavant, le cardinal Barberini avait composé un poème latin en l’honneur de Galilée, dont il s’était toujours montré l’ami. Profitant de son élection, les Lincei lui dédièrent le Saggiatore, et Galilée s’empressa de se rendre à Rome