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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/932

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de penser que cette fois l’Angleterre pourrait bien avoir dépassé le but. A moins toutefois que, fidèle à ses principes et décidée à ne renoncer en rien aux traditions successionnelles de sa politique, elle ne soit déjà résolue, l’Égypte une fois conquise, de soutenir dans peu d’années une lutte terrible avec la Russie pour la suprématie dans l’Asie centrale et la possession de Constantinople ! Je ne parle pas de la France, qui aurait certes un rôle important à jouer dans ces débats, où l’Angleterre nous aurait fait entrer bien malgré nous, et dans des vues bien différentes de celles que nous avaient fait adopter depuis dix ans notre politique et nos penchans.

N’allons pas trop loin nous-mêmes toutefois. On dit aujourd’hui : Lord Palmerston a voulu insulter la France. Nullement : il n’a pas plus voulu nous insulter que le gouvernement de son pays ne voulait insulter le nôtre quand il se jeta, au commencement de ce siècle, dans les aventures d’une guerre qui eût peut-être amené des chances bien différentes sans le goût immodéré de Napoléon pour les conquêtes. En matière de commerce, on rivalise, on nuit de son mieux à son concurrent, mais il n’y a jamais insulte ; et les affaires politiques de l’Angleterre ne sont en tout temps que des actes mercantiles, que des questions d’argent. Qui sait si de mauvais vouloirs, encore indécis et flottans, n’ont pas pris librement leur cours le jour où la banque de Londres s’est vue dans sa détresse forcée de venir à la banque de France, qui a accueilli sa demande si fraternellement ?

En 1800, quand M. d’Hauterive cherchait à s’expliquer les causes et la nature de la guerre, il avait reconnu les unes dans un état de choses à peu près semblable à celui où nous nous trouvons ; et quant à la nature de la guerre, il en expliquait ainsi les motifs : — « La guerre a été irréfléchie, parce qu’elle était un résultat forcé de la position incertaine et fausse des états de l’Europe ; elle a été générale, parce que les mêmes causes agissaient de la même manière ; elle a été violente, parce que tous les gouvernemens étaient, sous les rapports administratifs, militaires, et politiques, dans une attitude également contrainte ; elle n’a eu aucune uniformité de direction, parce qu’elle ne pouvait avoir d’objet commun (et en effet, dirai-je ici en appliquant à ce qui se passe la pensée de M. d’Hauterive, en effet, la crainte des idées constitutionnelles et le désir de les étouffer pour les remplacer par le despotisme, ne peuvent être à la fois la pensée et le but de l’Angleterre comme de la Russie) ; enfin, la guerre devait être difficile à terminer, ajoutait M. d’Hauterive, parce que nul motif tiré d’un intérêt général, nul principe de droit public