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controversée, mais toujours inébranlablement maintenue, par l’Angleterre dans le sens que lui donnent la situation et les nécessités particulières de ce pays. Les États-Unis de l’Amérique septentrionale surtout, malgré tous les efforts que fait depuis vingt ans leur gouvernement pour isoler sa politique, ne pourraient assister long-temps, sans y prendre part, à une lutte où l’Angleterre voudrait faire dominer ses principes en matière maritime, et l’Angleterre n’y manquera pas. L’acte de navigation eut un second résultat, que M. d’Hauterive signalait, il y a quarante ans, avec sa sagacité habituelle : l’alliance indissoluble de la puissance de l’état et de l’intérêt commercial de la nation anglaise. De là cette application du gouvernement anglais, cette nécessité qu’il éprouve de découvrir, de favoriser tout ce qui peut étendre les relations de l’industrie anglaise ; cette habitude violente de se ruer contre tout ce qui les entrave ou les menace pour l’avenir, et ce besoin constant de s’ouvrir de nouveaux débouchés, de nouvelles routes commerciales. Rien n’a changé depuis le temps où M. d’Hauterive signalait ces résultats du grand acte de Cromwell ; cette tendance, ces vues, cette ardeur commandée par la nécessité, sont restées les mêmes. En jetant ses regards en arrière de lui et sur les évènemens de son temps. M. d’Hauterive voyait l’Angleterre luttant à l’extrémité méridionale de l’Asie pour donner un débouché grand comme l’Europe à son négoce, combattant la France du temps de M. de la Bourdonnaye et de Dupleix, chassant les Portugais de l’Inde pour écarter tous les concurrens, explorant déjà la partie orientale de l’Asie, dépouillant au sud de l’Afrique les Hollandais de leur plus belle colonie, soulevant au nord de cette partie du monde les puissances barbaresques contre nous, s’avançant avec hardiesse en Amérique, et se présentant partout en Europe un traité de commerce dans une main, en montrant de l’autre les batteries de ses vaisseaux de guerre ! Depuis, l’Angleterre s’est encore affermie dans toutes ses possessions ; mais plus elle les a étendues, plus les besoins de son commerce lui ont commandé d’élargir le cercle, et nous la voyons aujourd’hui faire remonter l’Indus par ses flottes, assiéger toutes les places des côtes du golfe Persique, se préparer à couvrir l’Euphrate de ses bateaux à vapeur, convoiter Bassorah, courir jusqu’à la Chine, et remettre tout en question pour s’assurer la libre domination de la mer Rouge, Sans doute c’est là une grande et magnifique suite d’efforts, et on ne peut refuser son admiration à l’enchaînement d’idées patriotiques, à la ténacité qui se perpétue de la sorte ; mais tout en appréciant la grandeur des résultats qui découlent de ces causes, on ne peut s’empêcher