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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/872

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une jolie barque chinoise, se mirant dans l’eau calme d’une rade éclairée par les rayons du soleil levant ; cette rapide ébauche achevée, il me l’offrit, et je n’eus garde de la refuser. Nous commençâmes à feuilleter ses albums, et les heures n’étaient plus que des minutes pour nous, quand l’impitoyable Durand, toujours là pour nous rappeler à l’ordre, donna le signal du départ. Nous nous rendîmes chez M. Legrégeois, qui proposa, malgré la chaleur, une course à la grotte du Camoëns. Il fallut traverser toute la ville, les bazars chinois, pour parvenir au beau jardin anglais où se trouve le fameux rocher qui vit écrire la Lusiade.

Sur un monticule assez escarpé, compris dans l’enceinte du jardin, se trouve une roche nue, percée dans le sens de sa largeur en forme d’arche ; dans le passage formé par cette ouverture, on voyait une anfractuosité qui pouvait servir de siège : c’est là que le Camoëns aimait à venir rêver et écrire. Maintenant, depuis que M. Rienzi a passé par Macao, la niche du rocher n’existe plus ; elle a été plâtrée pour contenir une longue inscription en vers français assez mauvais, dont le cerveau de M. Rienzi a fort laborieusement peut-être, et, à coup sûr, fort malencontreusement accouché en l’an de grace 1828 ou 1830. On a bâti aussi sur la cime du rocher un petit belvédère qui domine toute la ville ; on y jouit d’une belle vue, un peu obstruée cependant par les arbres du jardin.

Nous revînmes assez satisfaits de notre promenade, mais horriblement fatigués. Le jour suivant, il y eut un bal chez l’excellent M. Van-Baser, qui fit les honneurs de sa jolie maison avec l’inaltérable gaieté et la bonne grace dont nous avions eu déjà tant d’exemples à Canton.

Enfin, le 10 novembre 1838, nous appareillâmes. Le capitaine Elliot, les missionnaires et tous nos amis de Macao étaient venus la veille à bord nous présenter leurs adieux ; ils firent un dernier déjeuner sur cette frégate qui rappelait si vivement la France à des exilés presque tous condamnés à ne plus la revoir. Ce fut avec une émotion bien sincère que nous leur serrâmes la main et que nous les embrassâmes en les accompagnant à l’échelle, quand la nuit vint leur donner le signal du départ.