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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/861

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haniste. Les deux frères Min-qua nous attendaient à l’entrée du salon de réception. M. Dent nous présenta tous ; nous étions huit officiers de la frégate en y comprenant le commandant et les élèves ; il y avait en outre M. Prinsep de Calcutta, Durand, et quatre individus que je ne connaissais pas. Les deux Min-qua, ainsi qu’un de leurs amis qu’ils avaient invité pour les aider à faire les honneurs du dîner, étaient en grand costume. Leurs longues robes en soie bleue brochée portaient sur la poitrine la riche plaque au griffon brodé ; un chapeau conique en paille blanche, couvert d’une aigrette en peluche de soie rouge, leur servait de coiffure. Jeunes et d’une figure distinguée, ce costume leur allait très bien ; il y avait dans leur air quelque chose de grave et de digne que l’on croirait en France incompatible avec un chapeau pointu et une longue queue.

Nous fûmes introduits dans une vaste salle éclairée par des files de lanternes de toutes les formes et de toutes les couleurs, suspendues au plafond en guise de lustres ; l’ameublement fort simple de cet appartement consistait en une suite de petites tables à thé qui en faisaient le tour ; chaque table était placée entre deux fauteuils en rotins. Des domestiques entrèrent, portant le thé sur de grands plateaux ; je m’empressai de m’asseoir auprès d’une des tables pour goûter du merveilleux breuvage dans toute sa pureté native ; il était servi dans de petites tasses de forme conique et sans anses, avec deux soucoupes, l’une sur la tasse, l’autre dessous comme à l’ordinaire. Cette dernière est destinée à conserver la chaleur du thé et à empêcher celui qui le boit d’avaler les feuilles qu’on laisse toujours mêlées au liquide. J’en pris une gorgée, et, bien que le parfum en fût excellent, je ne pus trouver bon ce thé sans sucre, dont le goût me parut âpre et sec ; j’essayai encore, mais, malgré ma bonne volonté, je fus obligé de laisser ma tasse inachevée. Je me consolai en voyant que mon goût était partagé par les autres convives.

Au bout de quelques minutes, M. Dent vint avec une liste appeler cinq des plus notables personnages invités, et quitta la salle avec eux ; il revint ensuite deux fois encore pour appeler les deux dernières divisions de cinq qui restaient, et nous nous trouvâmes alors tous réunis dans la salle du banquet où nous attendaient nos hôtes.

Éclairée comme l’autre par des lanternes ornées de dessins brillans et de glands de soie, cette salle était vraiment riche en décorations de toute espèce. Des châssis immenses à vitraux coloriés formaient, au lieu de mur, le fond de l’appartement, qui avait pour