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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/851

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blanche qui nous vendit ces derniers objets. Élevé à la dignité de mandarin, il était fier de nous montrer son portrait, où il était représenté en grand costume. Le brave homme ! il me semble le voir frappant sur le comptoir les pièces de nankin de sa main décharnée, et disant avec une voix cassée, que l’absence de dents rendait plus étrange : That number one, this number two ; — cela n° 1, et ceci n° 2 ; — ce qui veut dire en argot anglo-chinois : Voilà la première qualité, et voici la seconde. Cette désignation par chiffres est employée non-seulement pour les choses, mais aussi pour les hommes : on dit le frère n° 1 pour le frère aîné, un marchand n° 1 pour un négociant en chef, etc.

Nous rentrâmes à la maison, harassés et la tête en feu ; heureusement nous ne devions dîner qu’à six heures, ce qui nous donna le temps de nous reposer un peu. Le dîner fut, comme tous les dîners anglais, très beau, mais très long ; ce qui m’amusa le plus, ce fut de considérer la foule de domestiques, tous chinois, qui servaient leurs maîtres à table ; tous jeunes et alertes, il fallait les voir fixer leurs yeux obliques sur le convive derrière lequel ils se trouvaient, devinant ses moindres besoins, et courant alors, leur longue queue flottant à chaque pas, pour chercher une assiette ou un plat. Je commençais à me faire à ce costume simple et commode, à ces souliers brodés si fins, dont la semelle a un pouce et demi d’épaisseur sans paraître lourde ; je trouvais une expression marquée de finesse et de bonté dans ces yeux bridés ; enfin cette immense queue tombant d’une tête parfaitement rasée et se terminant par un gland de soie, me semblait battre avec beaucoup de grace des jambes proprement enveloppées dans des bandelettes blanches qui venaient s’attacher aux genoux avec des jarretières de la même couleur sous l’extrémité d’un large caleçon. Parmi les plus jeunes de ces Chinois, il y en avait qui étaient réellement fort bien.

Nous nous retirâmes de très bonne heure, parce qu’il fallait, rendus dans nos chambres, nous mettre à faire des comptes ; nous avions à préparer ceux du lendemain, et à régler les dépenses de la journée.

Le lendemain, 1er novembre, nous nous levâmes avec le jour pour recevoir et payer les marchandises achetées la veille ; puis nous descendîmes déjeuner avec M. Pereyra. Comme nous nous proposions d’acheter notre thé le jour même, nous prîmes des informations sur la qualité à choisir. M. Pereyra, comme toutes les personnes que nous avions vues jusqu’alors, et surtout l’inspecteur-général des thés, à