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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/836

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église en chaume et son curé. De magnifiques plantations de cannes à sucre, des champs de riz et de maïs, s’étendent dans la plaine jusqu’aux flancs boisés de la montagne qui dépend de cette belle propriété, et qui lui forme une barrière protectrice.

Les deux frères Vidi nous reçurent sur la plage en vrais planteurs, le salacot sur la tête, les jambes et les pieds nus, et le poignard tagal, le fameux bolo, passé derrière le dos dans le mouchoir qui leur servait de ceinture.

La faloa fut amarrée à côté des pirogues du village, la tente fut dressée, et notre équipage reçut de M. Barrot l’argent nécessaire pour passer tranquillement les deux ou trois jours qu’il devait nous attendre ; puis nous nous dirigeâmes vers la maison avec nos aimables hôtes. J’étais pour eux le seul étranger ; mais, grace à la simplicité de leurs manières empreintes de la plus franche cordialité, je fus bientôt à mon aise comme une vieille connaissance.

A la Hala, on se lève avec le jour, et l’on prend en se levant une grande jatte de café au lait ; à une heure on dîne copieusement, et à sept heures on soupe : ce souper, qu’on faisait très substantiel en notre honneur, se compose d’ordinaire, pour les maîtres de la maison, de thé au lait seulement. Le lait est fourni par la femelle du buffle, et pour la première fois je le trouvai bon ; celui que nous avions pris jusqu’alors dans les pays malais était détestable ; mais je suppose qu’il était falsifié ou recueilli dans des vases mal lavés.

On causa beaucoup, après le souper, des parties de chasse faites du temps de M. La Géronnière, de la quantité de cerfs qu’on trouvait toujours dans la montagne ; on s’étendit surtout fort au long sur un sujet qui ne tarit jamais à la Hala, la férocité des buffles sauvages.

J’avais entendu raconter déjà, par le premier propriétaire de la maison, nombre d’aventures étonnantes dans lesquelles il avait souvent été acteur ; car, en homme sûr de son coup, il prenait plaisir à braver, seul et à pied, la fureur d’un animal qu’on n’arrête qu’en le faisant tomber raide mort. Or, cela exige non-seulement une main exercée, mais un cœur intrépide. En effet, le buffle court sur son ennemi la tête haute et ne la baisse qu’au moment où il s’apprête à frapper ; c’est à ce moment qu’il faut faire feu et lui loger une balle au milieu du front.

Les frères Vidi nous citèrent des anecdotes nouvelles entremêlées de beaucoup d’avis sur la manière d’éviter les carabaos (c’est le nom tagal du buffle sauvage), si nous allions chasser les cerfs. Dans ces parties, les naturels qui battent les bois poussent un cri d’alarme dès