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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/823

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comme une mesure que le gouvernement est appelé à conduire au milieu de difficultés dont les plus graves ne viendront pas seulement des colonies. Toutes ces difficultés provenant avant tout d’imprévoyance, d’ignorance et d’inertie, le gouvernement est tenu de prévoir, de savoir et d’agir en faveur de ceux qui s’oublient dans la misère du présent et dans l’insouciance de l’avenir.

En vue de cette situation, plusieurs questions bien graves se soulèvent d’elles-mêmes :

La transformation de la propriété, en vertu de laquelle l’ouvrier cessera d’être valeur immobilière, et qui va fonder la richesse coloniale sur la même base qu’en Europe, c’est-à-dire sur la terre, n’entraînera-t-elle pas un remaniement dans l’assiette de l’impôt ?

Les changemens à introduire dans le régime du travail ne devront-ils pas modifier la distribution des cultures et des industries, de telle sorte que la plupart des prohibitions du monopole colonial fassent place à la liberté du travail du maître, en même temps que le travail de l’esclave deviendra libre aussi ?

Appendice négligé, dépendance accessoire d’un grand ministère qui a la responsabilité de nos flottes, et qui, en tout temps, mais en ce moment surtout, doit avoir un souci plus grave que d’assurer l’ordre intérieur de quelques possessions d’outre-mer, la direction des colonies a-t-elle, par elle-même, la spontanéité d’action et le degré d’influence que réclame l’exécution d’une réforme où l’état devra prendre une part directe et si grande ?

Une telle œuvre n’exige-t-elle pas une masse de travaux et des connaissances spéciales qui excluent la possibilité de la réduire à un travail secondaire, à une affaire de détail, même pour l’homme d’état le plus exercé ? Tout homme politique qui ne fera pas de cette œuvre son but particulier, au moins temporairement, son titre principal à la reconnaissance de son pays, ne reculera-t-il pas toujours devant la responsabilité de l’action, et n’aimera-t-il pas mieux, comme c’est arrivé jusqu’ici, se tenir sur la réserve et dans la dangereuse quiétude des temporisations ?

Le gouvernement de nos possessions, pendant cette transformation avant tout civile et industrielle, doit-il être confié à des hommes de guerre, détournés par l’intérêt même de leur avancement de faire une résidence dans le pays ?

L’administration des colonies ne serait-elle pas beaucoup mieux placée, au contraire, aux mains de fonctionnaires civils, habitués à manier des affaires d’intérêt matériel et à diriger les hommes d’après d’autres mobiles que ceux de la discipline des camps ou des vaisseaux ?

Le traitement de ces hauts fonctionnaires doit-il être porté sur les budgets locaux ou sur le budget général de l’état ?

Les conseils coloniaux doivent-ils rester pouvoirs législatifs et avoir dans leurs attributions le vote ou du moins le contrôle des traitemens de la magistrature et du clergé ?

Le clergé lui-même, au moment où son assistance sera si utile, son action sur la population si importante et si difficile, pourra-t-il rester sans chefs épiscopaux ?