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d’état, l’action est aujourd’hui nécessaire, non pas seulement dans l’intérêt de l’esclave, mais pour rendre à la propriété du maître la valeur qu’elle a perdue, et pour faire renaître dans ces régions, depuis si long-temps négligées par leur métropole, le crédit et la sécurité, principes générateurs de toute industrie. Refaire la France d’outre-mer, aujourd’hui en décadence et presque désorganisée, la refaire à l’image de la France de 1830, comme elle fut faite naguère à l’image de la France de Louis XIV, telle est l’œuvre dont M. le duc de Broglie a désormais la principale responsabilité, et qui, par cela même, sera conduite à bien. C’est un travail assez grand et assez compliqué pour occuper de préférence l’attention d’un homme d’état, fût-ce même de celui qui a si fermement tenu les rênes du gouvernement de son pays dans les jours les plus difficiles. Pour récompense du plus rare de tous les désintéressemens, celui de l’ambition, il est réservé à M. le duc de Broglie d’attacher son nom à la dernière chose sérieuse que la liberté ait à faire, en France, pour accomplir son œuvre légale.

MM. Passy et Victor de Tracy, comme promoteurs de la mesure dans la chambre des députés, avaient leur place marquée dans la commission. MM. de Sade, président, M. de Tocqueville, rapporteur de la commission parlementaire, étaient aussi désignés d’avance par le choix de leurs collègues de la chambre des députés.

Le commerce maritime est représenté par M. Wustemberg, de Bordeaux, M. Bignon, de Nantes. M. Reynard, de Marseille ; l’expérience administrative par M. de Saint-Cricq et d’Audiffret ; la science économique et législative par M. Rossi ; la pratique des affaires coloniales par deux chefs d’escadre, anciens gouverneurs de nos colonies. Le directeur des colonies et un chef de bureau de l’administration font également partie de la commission.

Il est peut-être à regretter que la commission n’ait pas été complétée par deux spécialités qui auraient apporté dans ses travaux un contingent utile. On se demande, par exemple, si le commerce maritime, principal créancier des planteurs, lié d’affaires avec les colonies suivant tous les erremens de l’ancienne constitution économique, et qui y exerce un plein monopole pour la fourniture des marchandises de consommation, pour le transport et la vente en commission des denrées du pays, est le meilleur juge des réformes qu’il y aurait à introduire pour accorder aux planteurs la juste part de liberté d’industrie qu’ils ont droit de réclamer, et surtout pour aviser aux moyens de faire fructifier l’indemnité sur le sol même des colonies. Les hommes de la banque et de la haute finance sont mieux placés peut-être pour voir l’ensemble des résultats industriels d’une réforme comme celle qui se prépare.

L’administration des douanes aurait pu être aussi appelée dans la commission. Les réformes porteront nécessairement sur l’impôt ; or, dans les colonies, l’impôt presque tout entier est perçu par l’administration des douanes, soit à l’embarquement dans les ports d’outre-mer, soit à l’arrivée en France Il y avait une considération plus puissante : les rapports de l’administration des douanes coloniales avec l’administration centrale dans la métropole ne