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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/811

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sous l’apparence d’une fierté quasi-guerrière la peur véritable qu’ils ont de nous. Je dis la peur, et des hommes d’état très haut placés savent bien qu’en parlant ainsi je n’exagère pas.

Il n’y a donc pas un moment à perdre. Il faut que la France prenne tout haut et immédiatement le rôle qui lui convient, et rassure tous les gouvernemens constitutionnels et représentatifs, en se déclarant leur protectrice et en confondant leur cause avec la sienne. Il faut que, traçant autour de tous les pays libéraux un large cercle avec son épée, la France dise au despotisme Tu n’iras pas plus loin ! Nos finances sont les meilleures de l’Europe, le sang français coule dans nos veines avec plus d’abondance et d’énergie que jamais. Oublions nos querelles intérieures ; que les partis s’effacent, que les opinions se taisent, et que l’Europe pressente avec effroi ce que sera la force de la France rentrée dans le culte de ses deux génies tutélaires : la gloire et la liberté !

Agréez, etc.



COMMISSION DES AFFAIRES COLONIALES




L’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises qui a dû être toujours considérée comme inévitable, est devenue maintenant une affaire prochaine. La proposition d’une loi d’émancipation pourrait bien terminer la session de 1841, ou, sinon, ouvrir la session de 1842. Vers le milieu du mois de mai, une commission a été nommée pour étudier la question. Elle a tenu un assez grand nombre de séances et produit ses premières conclusions, en vertu desquelles le ministre de la marine vient de transmettre aux gouverneurs des colonies une série de questions et des instructions nouvelles.

Ces questions et ces instructions ont un caractère différent de ce que le gouvernement a fait jusqu’ici, soit pour préparer les colonies à l’émancipation, soit pour indiquer les conditions auxquelles lui-même prétend l’accomplir. Le gouvernement n’admet plus de discussion sur le principe. La question de droit est résolue en faveur des noirs, et d’accord avec toutes les notions de juste et d’injuste qui sont aujourd’hui le fond des institutions et des mœurs en France. En faveur du propriétaire d’esclaves, la seule question à poser était une question transitoire, savoir, à quel prix la France introduirait dans ses colonies une législation nouvelle détruisant l’effet d’un ancien régime légal dont elle reconnaît les vices et les abus ? La solution est digne d’un gouvernement fort et régulier : il a été reconnu que l’état devrait payer une indemnité. Dans l’intérêt du maître comme de l’esclave, reste à présent une autre question, une des plus graves dont la politique puisse avoir à s’occuper, lors même que la solution n’intéresse, comme chez nous, qu’un petit nombre de possessions : comment pourvoir au maintien du travail ? comment organiser un régime nouveau, sans précédens dans l’histoire locale et dans les habitudes de la population ? Là est toute la difficulté. C’est sur ce point aussi que la commission a concentré toute sa sollicitude. Il a été résolu, suivant le bon