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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/810

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se donner les airs de le diriger. Je connais un voyageur français qui a vu le prince de Metternich à Toeplitz, et à qui ce ministre n’a pas caché sa sympathie pour notre gouvernement. Ce voyageur lui dit qu’il l’aurait cru plus attaché à la cause de la légitimité.

« La légitimité ! répondit en propres termes M. de Metternick, la légitimité ! Ils ont toujours ce mot à la bouche, et je n’en connais aucun qui soit plus fatal, aucun avec lequel on ait fait plus de mal à l’Europe depuis vingt ans. La légitimité ! Et combien y en a-t-il de légitimité ? Ces soldats de don Carlos qui combattent pour les vieilles lois de leur monarchie et pour la pragmatique de Philippe V, ne croient-ils pas défendre une cause légitime ? Les fidèles sujets de Ferdinand, qui n’obéissent à sa veuve que par respect pour les volontés de leur roi mourant, et qui restent attachés au trône pour ne pas violer leur serment, ne défendent-ils pas aussi une cause légitime ? En voilà deux contraires pourtant ; laquelle faut-il choisir ? En France, pouvons-nous empêcher les vieux serviteurs de la branche aînée de soutenir que leur cause seule est légitime ? Et pourtant, quand une révolution est venue tout bouleverser, quand le peuple était dans les rues, déchaîné, tout-puissant, cette assemblée législative qui a rallié tous les esprits à l’ordre, ce roi qui a rétabli l’empire des lois et fondé un nouveau trône autour duquel a pu se rallier la France, n’ont-ils pas, aux yeux de tous les gens sensés, fait l’œuvre la plus légitime, une œuvre dont toute l’Europe doit être reconnaissante ? Tenez, monsieur, examinons les droits de chacun, pesons-les avec calme, faisons la part des circonstances qui donnent aussi des droits nouveaux ; mais n’employons jamais ce mot de légitimité. C’est un non-sens en politique. »

Cette conversation, que je rapporte fidèlement, ne semblera-t-elle pas caractéristique ? N’est-il pas curieux d’entendre le prince de Metternich s’exprimer sur notre gouvernement comme parlerait un député du centre, et déclarer qu’il ne voit rien que d’absurde dans le mot de légitimité ? Telle est la force de l’opinion. L’Allemagne, qui réclame la liberté, qui voudrait la tenir de la France, mais à laquelle notre passé faisait redouter de notre part l’esprit de conquête, a été à la fois émerveillée par la révolution de juillet et rassurée sur ses conséquences extérieures par l’esprit pacifique du roi des Français. De là l’immense popularité dont jouit ce monarque au-delà du Rhin. Se séparer des Tuileries en faisant la propagande, ce serait en négliger l’agent le plus puissant et les plus efficaces moyens.

Je pense avoir établi que le Journal des Débats n’étend pas assez son système défensif, et que le National espère trop de sa propagande. Il nous importe de prendre en Allemagne une position politique. En écoutant le Journal des Débats, les peuples allemands se croiraient abandonnés par la France ; avec le National, ils se verraient menacés d’une irruption républicaine, et croiraient voir le trouble et la conquête, deux fléaux qu’ils redoutent également.

J’ai dit aussi quelle est l’attitude qui est, selon moi, devenue nécessaire. Les gouvernemens qui insultent la France ou la comptent pour rien, cachent