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côtes de la Syrie pour exciter ces malheureuses populations à une rébellion sanglante et inutile contre les troupes nombreuses et aguerries du pacha. La révolte rendra le gouvernement militaire du pacha de plus en plus tyrannique et inexorable. Qu’importe ? pourvu qu’on puisse dire que le traité anglo-russe n’est pas une lettre morte, et que la nouvelle alliance porte ses fruits. Quels fruits !

En somme, on peut prévoir beaucoup de malheurs, mais point de résultats politiques décisifs et sérieux. Aussi espérons-nous que le bon sens de la nation anglaise, l’intérêt par trop évident de l’Autriche et de la Prusse, la force et la modération de la France finiront par conjurer l’orage qui menace le repos du monde.

Ne l’oublions pas cependant : il faut, pour le conjurer, autre chose que des paroles ; il faut une attitude forte et persévérante, l’attitude que le cabinet, avec le complet assentiment du roi et du pays, vient de prendre, et qu’il saura maintenir et rendre, s’il le faut, de plus en plus forte et redoutable.

La reine d’Espagne n’a pas été bien accueillie par une partie de la population de Valence. Espartero, le faible, et nous espérons qu’on ne devra pas dire un jour le coupable Espartero, est toujours l’homme du parti révolutionnaire. Tandis qu’on prétend donner aux reines la leçon du silence, ou qu’on cherche à les troubler par d’ignobles vociférations, les acclamations des exaltés sont pour le général qui a tenté, dans Barcelone, de mettre son épée à la place de la loi.

Ajoutez la résistance des municipalités et la faiblesse du pouvoir central ; on pourrait croire que l’Espagne est menacée d’une complète anarchie. Que deviendrait alors la royauté ? Que deviendrait-elle si, effrayée des symptômes qui se manifestent dans ce malheureux pays, et du despotisme des généraux, la reine prenait un parti extrême en abandonnant l’Espagne à elle-même ? Heureusement le courage et le génie politique de la reine doivent nous rassurer. Le nouvel ambassadeur, M. de la Rodorte, paraît avoir promptement acquis une influence salutaire et se faire remarquer par des conseils habiles, pleins à la fois de modération et de fermeté.

En attendant, les affaires d’Espagne ont jeté en France trente mille réfugiés carlistes. L’humanité ne permet pas de les renvoyer dans un pays où malheureusement on ne connaît guère d’autre moyen de terminer les discordes civiles que le massacre de ses adversaires. Il faut donc les garder jusqu’au jour où leur rentrée en Espagne sera sans danger et pour la vie des réfugiés et pour une charge fort lourde et un embarras sérieux, charge et embarras qui pourraient encore s’aggraver, si de nouvelles luttes entre les partis qui divisent l’Espagne amenaient sur notre territoire une émigration de modérés ou d’exaltés. La dépense du trésor pour les réfugiés espagnols se monte déjà à 600,000 fr. par mois. D’un autre côté, ce n’est pas un fait sans importance pour la bonne police du royaume que le séjour en France de tous ces hommes nourris de haines politiques et de guerre civile, et imbus d’opinions hostiles à notre système