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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/796

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Il veut faire peur à la France, pour intimider plus sûrement la reine. Tout invincible qu’a été jusqu’ici le duc de la Victoire, cette entreprise de sa part a lieu d’étonner ; elle a quelque rapport avec les témérités de ces héros castillans qui ont donné leur nom à la présomption militaire. On raconte aussi que, lors de son dernier triomphe sur Cabrera, il prenait plaisir à rejeter sur notre territoire les armées de don Carlos, disant qu’il était bon que ces hôtes incommodes donnassent de l’occupation au gouvernement français. Cette étrange hostilité s’explique parfaitement, quand on songe à ceux qui entourent Espartero : on peut en induire tout ce dont le généralissime est capable quand son orgueil est en jeu. Celui qui déclare presque la guerre à la France en ce moment pourra bien la déclarer plus tard à sa souveraine.

Eh bien ! nous ne croyons pas au succès d’une révolution en Espagne, quand même le duc de la Victoire se mettrait à la tête de cette révolution. Il ne manque aux modérés que du courage et de l’ensemble ; ce qui vient de se passer doit leur en donner. L’ascendant personnel de la reine Christine s’est nécessairement accru par les scènes qui auraient pu lui être fatales, et dont elle est sortie à son avantage, à force de tact, d’intelligence et de résolution. Encore un coup, avec l’autorité de la couronne, l’adhésion de la nation entière, la sympathie de tous les hommes raisonnables à l’étranger, le gouvernement constitutionnel espagnol doit triompher d’une poignée de factieux, et même de cet homme faible, indécis et vain, que sa gloire facile a enivré, et que son orgueil pousse à usurper la domination, quand son bon sens lui crie de s’en abstenir.