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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/793

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fourniront bien au-delà de ce qui sera nécessaire pour payer leurs défenseurs. C’est l’absence d’une armée qui serait coûteuse, et non la conservation de celle qui existe.

Les exaltés prétendent que l’intention des modérés est de faire un coup d’état, d’abroger par ordonnance la constitution de 1837, et de revenir au régime du bon plaisir. Cette accusation est absurde. A quoi bon la suppression de la constitution pour un parti qui est maître de la presque unanimité des deux chambres ? Pourquoi se priverait-il de gaieté de cœur de la force que donne à un gouvernement l’adhésion certaine des représentans du pays ? La loi sur les ayuntamientos, par exemple, n’est-elle pas plus puissante pour avoir été librement votée par des assemblées librement élues, que si elle émanait uniquement de la royauté ? Ceux-là seuls font des coups d’état qui trouvent de la résistance dans les pouvoirs constitués ; mais on ne fait pas de coups d’état contre soi-même, on ne prend pas par la violence et l’illégalité ce qu’on est sûr de se donner légalement et paisiblement.

Sans doute les modérés veulent se servir de leur majorité dans les chambres et dans la nation pour réparer par des lois nouvelles les maux que des révolutions de caserne et des émeutes soldées ont faits à l’Espagne ; mais ils sont dans leur droit, dans leur droit incontestable, et il n’y a que la force matérielle qui puisse les en empêcher. Ils ont malheureusement manqué jusqu’ici de l’énergie qui aurait facilement triomphé des faibles élémens de désordre qu’ils avaient à combattre ; mais si cette énergie leur est venue, il n’y a rien à dire. Les lois sont sauvées et non compromises, s’ils sont les plus forts. Ce sont les exaltés qui ont toujours procédé par les voies extra-légales ; les modérés ont respecté les formes jusqu’à l’excès ; ils ont obéi jusqu’à des constitutions imposées à l’Espagne par un sergent ivre qui ne savait pas de quoi il parlait.

Les progrès que les idées modérées ont faits depuis sept ans sont immenses. La plupart des hommes éminens qui ont appartenu au parti progressiste, sont maintenant du parti modéré. Tout le monde sait quel changement radical la pratique des affaires a opéré chez M. Isturitz. M. Mendizabal lui-même est presque complètement revenu de ses anciennes erreurs. Ce qui a fait avorter la révolution commencée à Barcelone, c’est moins encore le désistement subit d’Espartero que le peu de foi de tous les hommes de quelque valeur dans les idées progressistes. Pour trouver un véritable ministère exalté, il aurait fallu fouiller dans les clubs et dans les bullangeros. Il n’y a plus d’exaltés que là. Les modérés triompheront sans peine de ce qui en