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Il est vrai que Varron ajoute :

At Cato parvo,
Pompeïus nullo, quis putet esse Deos ?

Faut-il conclure de cette épigramme qu’avant qu’il y eût des empereurs, le luxe et surtout la grandeur des sépultures étaient inconnus ? Mais le tombeau de Cecilia Metella, ce mausolée, plus robuste, plus imposant qu’un donjon de citadelle, n’indique-t-il pas, par ses profils si fermes, par son ornementation chaste et sévère, qu’il appartient à une époque antérieure à Auguste ? Et enfin, si je ne craignais de m’engager, sans y prendre garde, dans une véritable digression, ne trouverais-je pas un argument sans réplique dans cette découverte si curieuse qu’on a faite récemment au pied de la porte Claudia, ce tombeau d’un boulanger et de sa femme, construction authentiquement et incontestablement républicaine, voire même d’une époque assez reculée, et qui, par l’importance de ses dimensions, par la grandeur des matériaux, par les statues dont elle était surmontée et par les charmans bas-reliefs qui la décoraient, ferait pâlir tous les cénotaphe de nos patriciens les plus fastueux ?

Certes, quand nous citons les pompeuses folies de l’Orient et de Rome, nous ne prétendons pas les donner pour exemple. Il ne s’agit pas de parodier ces dimensions démesurées, ce luxe extravagant ; mais n’y a-t-il pas dans cette manière de concevoir les sépultures quelque chose dont nous puissions profiter ? Si jamais il fut une occasion de nous affranchir une fois des habitudes toutes modernes qui nous dominent, de voir dans un tombeau autre chose qu’une dépendance, un accessoire, je dirais presque un meuble d’église, d’en faire une construction architecturale, isolée, indépendante, un édifice mortuaire, c’est le jour où un grand peuple bâtit la dernière demeure de l’homme qui, tout en lui faisant tant de mal, lui a légué un si merveilleux héritage de gloire.

Je me hasarde à le prédire, si l’on persiste à faire construire pour Napoléon un tombeau renfermé, enveloppé dans d’autres murailles, si une autre voûte que le ciel doit abriter ce monument, il y a mille chances pour qu’il ne soit pas digne de sa destination.

Et si, comme je l’espère, c’est au projet de M. Marochetti que la préférence est donnée, il doit être démontré, ce nous semble, par tout ce qui précède, que, dans l’intérêt de ce projet, aussi bien que pour le salut du dôme de Mansart, il faut à tout prix qu’on permette à l’artiste de choisir un autre emplacement.