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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/781

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Le tombeau, placé dans le fond, ne perdrait rien de sa hauteur réelle, mais sa grandeur relative serait diminuée de toute la profondeur de son enfoncement ; et comme la partie la plus difficile à raccorder avec l’intérieur du dôme est le soubassement, à cause de sa grande masse carrée et anguleuse, on sauverait une partie de la difficulté en faisant disparaître pour ainsi dire une moitié de ce soubassement. Ce serait d’ailleurs ajouter encore à l’effet du monument que de placer ainsi ses fondemens dans une profondeur qui, échappant d’abord au regard, aurait quelque chose de mystérieux.

Malheureusement, quand on examine les lieux, on reconnaît que l’emplacement n’est pas assez large pour qu’on puisse, en creusant ainsi la partie du milieu, ménager les moyens d’y descendre facilement. Il faudrait, pour conserver une pente douce, se borner à creuser à peine de trois ou quatre pieds ; ce qui serait insignifiant et sans conséquence. Les disparates ne seraient pas moins choquantes ; l’effet serait doublement manqué.

Du moment qu’on ne peut pas diminuer les proportions du tombeau sans en altérer le caractère ; du moment qu’on ne peut pas le faire descendre assez bas pour déguiser une partie de sa hauteur, l’artiste va probablement nous dire : Laissez-moi changer quelque chose à l’intérieur du dôme ; laissez-moi faire disparaître ce qui est en si grand désaccord avec mon monument. Je donnerai à ces parois une apparence plus solide, plus robuste, en les couvrant d’un enduit ou d’un stuc, en changeant leur couleur trop claire, en enlevant sans pitié tous ces ornemens d’un goût indécis, semés çà et là sur les murs ; en un mot, je referai le dôme, je le transformerai, je l’approprierai à mon tombeau.

Nous protestions tout à l’heure contre un projet de profanation envers l’autel ; serons-nous plus tolérant pour cette autre espèce de profanation ? Non ; les monumens aussi sont chose sacrée, et surtout les monumens qui, comme le dôme des Invalides, sont les représentans d’une grande et glorieuse époque. Cette coupole n’est-elle pas le chef-d’œuvre d’un homme qui fut de son vivant non-seulement le premier architecte du roi, mais le premier architecte de France ? Et quelle que soit l’opinion qu’on professe pour ce genre d’architecture, peut-on ne pas reconnaître dans ce grand édifice une légèreté, une élégance pleine de noblesse et de majesté ? N’espérez pas qu’on permette aujourd’hui à qui que ce soit, même au nom de Napoléon, de porter une main profane sur l’œuvre de Mansart et de Louis XIV. Le gouvernement ordonne tous les jours à ses agens, d’un bout de la France à l’autre, de respecter les œuvres d’art que nous ont laissées