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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/778

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sans qu’on vous le dise, sur quel passé, sur quel avenir se porte leur pénétrant regard.

Ces vieillards sont une allégorie anonyme que le spectateur a le droit de baptiser à sa fantaisie. Certains esprits aimeraient mieux peut-être quatre grenadiers de l’île d’Elbe, ou bien encore quelques divinités non équivoques, Mars, Hercule, Mercure, et peut-être aussi Thémis, pour représenter les cinq Codes. Un véritable artiste ne saurait tomber dans ces trivialités ; il ne met pas des écriteaux à ses idées, et la langue qu’il parle est d’autant plus belle et plus expressive qu’elle est moins formulée. L’art doit s’entendre à demi-mot, ou plutôt il doit se sentir : des impressions, toujours des impressions, et jamais de définitions.

La conception de ces quatre vieillards suffirait, à mon avis, pour mettre le projet de M. Marochetti hors de ligne. Je sais bien que ces figures sont de la famille des prophètes et des sibylles de Michel-Ange, et surtout des quatre statues de la chapelle des Médicis, mais encore une fois, imiter à propos c’est créer.

Ainsi, sur chaque face du soubassement, une porte surmontée d’un aigle de bronze ; aux quatre angles, quatre figures colossales également en bronze, et enfin au-dessus du socle sur lequel ces figures sont assises, un piédestal contre lequel elles s’appuient et qui sert de support au couronnement du tombeau, c’est-à-dire à la statue équestre de Napoléon, revêtu de ses habits d’empereur.

Cette statue équestre sera peut-être critiquée, et pourtant c’est elle qui donne au monument son caractère, son originalité, non-seulement comme symbole expressif de la puissance, de la conquête, de l’empire, mais au simple point de vue de l’art, comme couronnement nécessaire de la silhouette générale du monument. Pour surmonter une si grande masse pyramidale, une statue debout serait trop mince, trop pointue ; assise, elle serait ridicule ; à cheval, elle se groupe admirablement avec les étages inférieurs ; elle est pour l’œil un repos, pour l’esprit une conclusion.

Il existe quelques exemples de statues équestres placées au-dessus de monumens funéraires. À Venise, dans l’église de Saint-Jean et Saint-Paul, sur le tombeau de Nicolas Orsini, on voit ce général représenté à cheval. Le joli monument de Louis de Brézé dans la cathédrale de Rouen, monument qu’on suppose avoir été conçu par Jean Goujon, se termine également par une statue équestre. Enfin, à Vérone, tous les La Scala sont sculptés à cheval au sommet de leurs mausolées. Je crois même qu’un de ces chevaux ne marche ni