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Pour ceux qui savent se contenter de simples vestiges, et dont l’érudition et l’imagination suppléent à ce qui manque aux yeux, Syracuse renferme encore de nombreux et notables restes. Je vous ai dit que la ville, bâtie hors de l’île d’Ortygie, se divisait en quatre districts : le plus noble, le plus recherché de ces districts, était celui d’Acradina, situé du côté de la mer. On assure que sa population s’élevait à 400,000 ames ; tout Syracuse en contient aujourd’hui 15,000 ! Une muraille d’une grande hauteur séparait ce quartier de ceux de Tycha et de Néapolis, on en voit encore les traces en les cherchant avec quelque attention ; on y trouve aussi des restes de thermes, un débris du palais nommé les Soixante Bains, élevé, dit-on, par Agathoclès, et assez d’inscriptions pour jeter pendant quelques siècles le trouble et la division parmi les antiquaires.

Tycha, le district voisin, était le quartier des gens opulens, la chaussée d’Antin de Syracuse ; mais comme les édifices y étaient bâtis sur le roc, les fondations n’étant pas nécessaires, il reste peu de traces de ses monumens et de ses maisons. Pour plus de ressemblance avec le quartier de Paris auquel je viens de le comparer, le quartier de Tycha se termine par un sol crayeux et des carrières à l’entrée desquelles on vous montre une petite grotte surmontée d’un reste de bas-relief. Cette grotte est, dit-on, le tombeau d’Archimède, découvert un jour par Cicéron en personne, qui reconnut la sépulture du grand géomètre à la sphère et au cylindre sculptés sur le fronton triangulaire qui décore l’entrée.

Dans Néapolis, d’où l’on voyait le port, se trouve ce qui fut le temple de Jupiter, le théâtre, l’amphithéâtre, la prison connue sous le nom d’Oreille de Denys, et une grotte taillée de main d’homme, et nommée Linfeo, parce qu’on y chantait des hymnes à Apollon. Le temple de Jupiter se compose, comme je l’ai dit, de trois fragmens de colonnes ; le théâtre est formé, comme tous les théâtres antiques, par des degrés circulaires, coupés par des diazômes. Ceux-ci sont taillés dans le roc et très étendus, autant qu’il est permis d’en juger par les décombres. Jadis ils étaient recouverts de marbre ; on y a bâti deux moulins, sans respect pour l’antiquité et les souvenirs de Syracuse. L’amphithéâtre est aussi taillé dans le roc. Tacite parle quelque part d’un sénatus-consulte donné sous Néron, en vertu duquel on accorda aux Syracusains le droit d’entretenir un plus grand nombre de gladiateurs. L’amphithéâtre où ils combattaient ne méritait pas ce sénatus-consulte. Il est fort au-dessous des monumens de ce genre qu’on voit à Pompeïa et à Rome. Pour l’Oreille de Denys,