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tard, n’écrit plus, et s’il a des imitateurs, on ne peut guère appeler comédies ces pièces niaisement honnêtes et trivialement morales, que hasardent de temps à autre sur le théâtre de leur petite ville quelques poetastri qui ont étudié le cœur humain dans leur grenier.

Nous avons déjà vu quels étaient les mœurs et les caractères reproduits par ces écrivains de bas étage qui, lorsqu’ils ont donné un but moral à leurs plates rapsodies, croient avoir fait de la comédie philosophique, et s’intitulent les Molières de l’Italie, comme si en pareille matière un but moral remplaçait jamais la verve et la gaieté. La haute comédie n’existe plus en Italie, et n’y a peut-être jamais existé que d’une manière incomplète. Le développement précoce que l’art dramatique prit au-delà des Alpes à une époque où dans le reste de l’Europe il n’était pas même à l’état d’enfance, promettait une maturité vigoureuse ; l’art cependant, stationnaire quelques instans, n’a pas tardé à décliner. Les Italiens nous avaient devancés, nous les avons surpassés. Je doute fort qu’ils reprennent jamais le dessus, qu’ils parviennent même à nous égaler. Il faudrait pour cela changer le caractère de la nation, tâche plus difficile que l’apparente mobilité des individus ne pourrait le faire soupçonner. En effet, les modifications apportées par l’étranger au caractère national des Italiens ne sont jamais durables. Espagnols, Allemands, Français, ont laissé dans les mœurs du peuple des traces de leur passage, aucun d’eux ne les a ni transformées ni modifiées sérieusement. L’Italien est encore aujourd’hui ce qu’il était du temps de Léon X et de Machiavel, tout à l’instinct et à la passion. Les individus se civilisent, le fonds de la nation garde ses mœurs quelque peu sauvages et ce tour d’esprit qui nous semble si grossier. Aujourd’hui comme il y a quarante ans lorsque l’invasion française les visitait, comme il y a cent ans lorsque Duclos et l’aimable Desbrosses les observaient, comme il y a trois siècles lorsque Montaigne arrêtait sur eux son attention curieuse, ces enfans de la nature se laissent aller au bien et au mal avec la même facilité ; ainsi qu’on l’a dit si judicieusement, ils ne font rien parce qu’on les regarde, ne s’abstiennent de rien parce qu’on les voit. C’est tout l’opposé des Français. Un tel peuple prête peu à la comédie de mœurs et de caractère, le ridicule pour lui n’étant pas une chose bien positive ni bien saisissable.

Une autre cause de décadence et d’infériorité pour la comédie, c’est la trop grande facilité du public, toujours prêt à se passionner, à se livrer à l’auteur et à s’assimiler au personnage. Lorsqu’un improvisateur napolitain a raconté aux gens du peuple qui l’entourent