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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/732

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Nice reprit aussitôt : — Serviteur ;
Plus de votre herbe… il n’en est pas besoin.

Il y a remède à tout, lui dit l’amant ; — Que faire donc ? — Que faire ? écoutez :

Il nous faudra choisir quelque jeune homme
D’entre le peuple, un pauvre malheureux
Qui vous précède… attire et prenne en somme
Tout le venin
.......
Nice d’abord eut peine à digérer
L’expédient, allégua le danger.
Et l’infamie

Il finit, cependant, par consentir à tout. Le plus difficile maintenant était de décider madame Lucrèce.

De prime-abord elle crut qu’on riait
Puis se fâcha, puis jura sur son ame
Que mille fois plutôt on la tuerait.
.........
Lucrèce étant de la sorte arrêtée,
On eut recours à frère Timothée.
Il la prêcha, mais si bien et si beau,
Qu’elle donna les mains par pénitence.

Le mari, d’un autre côté, l’encourageait de toutes ses forces.

Vous savez bien qu’il y va de ma vie ;
N’allez donc pas faire la renchérie !
Montrez par là que vous savez aimer
Votre mari… Que si cette pécore
Fait le honteux, envoyez sans tarder
M’en avertir… nous y mettrons bon ordre [1].


On devine que ce rustre, qui devait emporter le premier venin de la mandragore, n’était autre que Callimaque. Ce jus de la mandragore se composait d’un verre d’hypocras. Son effet n’en était pas moins assuré, et Lucrèce, le lendemain de l’expérience, voulait Callimaque pour compère.

Ce cadre, comme on voit, est des plus lestes ; les détails ne le sont pas moins, et certaines touches arrivent même à la plus extrême crudité, les consultations latines du prétendu docteur par exemple ; il

  1. La Fontaine, la Mandragore.