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il est aussi gueux que possible, et il demande l’aumône. Pantalon, à qui il s’adresse, en disant comme les Napolitains : Fate’mi ben per voi ? lui donne une pièce de six sous, et lui en redemande cinq. Arlequin fouille long-temps dans ses poches et ne trouve rien. — J’aurai oublié, dit-il, ma monnaie en changeant d’habit, — et il escamote la pièce entière. Pantalon se résigne et veut se venger par des railleries. — Combien as-tu de pères ? lui demande-t-il d’un ton goguenard. — Mais je n’en ai qu’un, excellence. — Comment, drôle, tu n’as qu’un père. Voyons, cherche bien, tu en trouveras sans doute quelque autre ? — Arlequin, après avoir réfléchi un moment : — J’ai beau chercher, je ne trouve rien ; c’est que, voyez-vous, M. Pantalon, je ne suis qu’un pauvre homme ; si j’étais riche comme vous, peut-être aurais-je aussi trente-six pères.

Arlequin est souffrant, le docteur lui ordonne de prendre un bain ; puis, quand il le revoit, il lui demande comment il a trouvé ce bain ? — Bien humide, lui répond le malade. Le docteur réclame ensuite son salaire ; Arlequin n’a pas le sou et refuse net de payer. Le docteur l’appelle Birbante et le fait assigner. Lorsqu’ils sont devant le juge, Arlequin prend la parole : — Que le docteur dépose au greffe ma maladie, dit-il, je suis prêt de mon côté à déposer la santé qu’il m’a rendue ; chacun de nous reprendra ce qui lui appartient, et partant nous serons quittes. — Arlequin donne aussi son petit coup de patte à la noblesse. — Quel dommage qu’Adam ne se soit pas fait nommer baron ! dit-il, nous serions tous nobles.

Pantalon charge son valet Arlequin de porter à un de ses amis une cruche de vin de Chypre ; mais comme il se méfie du drôle, qu’il connaît pour une mouche de cuisine des plus gourmandes, il a grand soin de cacheter le bouchon qui ferme la cruche. Arlequin fait un trou par-dessous, vide à moitié la cruche et la rebouche. L’ami à qui la cruche était adressée, l’ouvre et s’aperçoit aussitôt du déchet ; il regarde le fond de la cruche et aperçoit un trou. — Ah ! coquin, dit-il à Arlequin, c’est toi qui as fait un trou par-dessous la cruche et qui as bu le vin. — Vous n’en croyez rien, monsieur, reprend naïvement le fripon, car vous voyez bien que ce n’est pas par-dessous, mais par-dessus que le vin manque.

Parmi les farces où figure Arlequin, les plus vieilles sont encore les meilleures. Arlequin empereur dans la lune est une de ces anciennes bouffonneries qui ont fait le tour de l’Europe, et dont en -Italie, quand vient le carnaval, les troupes de comédiens du second ordre ne manquent jamais de régaler leurs habitués. Cette pièce, qui n’est guère