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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/706

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autrement, car je sens trop bien par moi-même combien vite, si le différend actuel se prolonge, renaîtront les vieilles antipathies que dix ans avaient presque détruites. C’est aux hommes libéraux de l’Angleterre, whigs, radicaux ou tories, de prévenir ce malheur ; c’est à eux de signifier à leur gouvernement qu’il a fait fausse route, et qu’il est puéril de célébrer l’alliance de la France en la brisant, et de prétendre contenir la Russie en se livrant à elle ; c’est à eux enfin à prouver que dans un état constitutionnel il n’appartient pas à un ministre de faire volte-face selon son caprice, et de jeter subitement d’un pôle à l’autre la politique et les destinées de son pays. Pour la France, grace à Dieu, il n’y a, dans cette grave question, ni deux opinions ni deux attitudes possibles. Quand, au mois de février dernier, il fut, pour la première fois, question de l’alliance anglo-russe, la chambre était assemblée, et jamais je n’ai vu tous les partis plus prompts à suspendre leurs querelles pour se confondre dans un sentiment commun. Cette unanimité existe encore, ou plutôt, malgré quelques protestations isolées, elle n’a fait, depuis, que se fortifier. Sans doute c’est pour la France une périlleuse épreuve que de se trouver seule en face de l’Europe entière, et il y aurait à ne pas le reconnaître une forfanterie puérile. Mais, tout en regrettant la paix et tout en mesurant le danger, la France, si la nouvelle coalition l’y oblige, saura se montrer digne d’elle-même. Quels que soient ensuite les évènemens, il appartiendra à l’histoire de juger les hommes qui si légèrement auront troublé le monde, et anéanti en un jour l’œuvre de vingt-cinq ans.


P. DUVERGIER DE HAURANNE.