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lord Stanley, sir James Graham, et même le duc de Wellington acceptent volontiers le principe de non intervention, et préfèrent à l’alliance russe l’alliance française. Les ultra-tories, dont lord Londonderry est le type, trouvent bon, au contraire, que les révolutions soient partout comprimées, et détestent la France ; mais ils détestent plus encore le ministère qui gouverne sagement l’Irlande et que protège O’Connell. Tandis que les tories modérés verront avec peine l’alliance française abandonnée et la paix compromise, il est donc fort douteux que les ultra-tories pardonnent au cabinet Melbourne ce qu’il y a de bon dans sa politique en faveur de ce qu’il y a de mauvais. Ne les entend-on pas déjà dire qu’il est louable sans doute de rompre avec la France, mais que pour soutenir une telle lutte, il faut à l’Angleterre des ministres énergiques et vraiment nationaux ? Et lord Palmerston a-t-il lieu d’être bien satisfait des complimens et des éloges qu’il reçoit chaque jour de ses nouveaux alliés ?

Ainsi, selon toute apparence, le ministère whig perdra les radicaux sans conquérir les tories. Peut-être, en parlant à l’amour-propre national, parviendra-t-il à échauffer l’Angleterre, d’abord si froide, et à rendre entre elle et la France la rupture inévitable. Pourtant, s’il déclare la guerre, il ne la fera pas, et c’est pour la mettre en d’autres mains qu’il tirera l’épée du fourreau. Rentrés alors dans les rangs de l’opposition, quelle sera l’attitude des ministres whigs, et comment pourront-ils résister aux conséquences de leur propre politique, et invoquer les principes qu’ils auront sacrifiés ?

Je ne puis, en finissant, me défendre d’une pénible réflexion. Depuis quinze ans, j’ai souvent écrit sur l’Angleterre, et cherché à démêler à travers l’incertitude des évènemens ses bonnes et ses mauvaises chances. Souvent aussi j’ai tâché de juger les partis avec impartialité. Mais toujours, je le dis sincèrement, il y avait en moi un vif désir que les bonnes chances l’emportassent sur les mauvaises, et que le parti whig triomphât de tous ses ennemis. Faut-il qu’aujourd’hui l’intérêt et l’honneur de mon pays me forcent à éprouver un sentiment tout contraire ? Faut-il que je me représente avec satisfaction plutôt qu’avec tristesse les divers symptômes de désordre et de malaise qui apparaissent tantôt sur un point du territoire tantôt sur l’autre ? Faut-il qu’en combattant l’opinion généralement accréditée, mais fausse, selon moi, qu’une révolution est imminente dans la Grande-Bretagne, je souhaite me tremper ? Faut-il enfin que je fasse des vœux pour que les héritiers de Fox se retirent devant les successeurs de Pitt ? Je voudrais que les évènemens en ordonnassent