Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/704

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


subsiste en Europe, on rentrera, sans que rien d’ailleurs soit dérangé, dans l’ancienne politique. Mais une fois ces imprudentes promesses démenties par l’évènement, une fois constaté qu’il s’agit, non d’une déviation accidentelle, mais d’un changement radical et permanent, une fois établi que l’on va, si l’on persiste, jeter l’Europe dans les convulsions d’une guerre générale, n’est-il pas permis d’espérer qu’on réfléchira avant d’agir, et qu’on aimera mieux quitter honorablement le pouvoir que d’y rester à ce prix ?

Je suppose néanmoins que, par aveuglement ou par amour-propre, tous les membres du ministère Melbourne soient déterminés à soutenir lord Palmerston jusqu’au bout, l’existence de ce ministère en sera-t-elle plus durable ? J’ai peine à le penser. Que le revirement si subit et si complet qui s’opère en ce moment paraisse délicieux (delightful) à l’empereur de Russie et à lord Londonderry, je le conçois facilement ; mais qu’en diront les radicaux, qui jusqu’ici ont appuyé le ministère whig avec tant de désintéressement ? Qu’en dira O’Connell ? Je ne veux point attacher trop d’importance aux diverses manifestations populaires qui ont eu lieu à Birmingham, à Glascow et dans plusieurs autres villes. Ces manifestations, ce sont en général les chartistes qui les ont faites, et leur voix n’a pas beaucoup d’écho. Cependant il est une circonstance bien plus frappante, c’est le soin qu’a pris lord Palmerston, dans sa réponse à MM. Hume et Leader, de protester de son attachement à l’alliance française, et de sa ferme conviction que cette alliance ne serait pas ébranlée par le dernier traité. Que lord Palmerston fût ou non sincère dans ses protestations, je l’ignore ; ce que je sais, c’est qu’en présence de la chambre des communes il n’a pu défendre son déplorable traité qu’en en dissimulant les conséquences ; ce que je sais, c’est que si ces conséquences eussent apparu, cent radicaux se fassent à l’instant même levés contre lui. O’Connell, de son côté, a parlé, et dans des termes assez clairs : « Si la guerre éclate entre l’Angleterre et la France, a-t-il dit, l’Irlande pourra consentir à aider l’Angleterre, mais à la condition expresse qu’il lui sera fait pleine justice. » Or, on sait ce que signifie ce mot dans la bouche d’O’Connell. L’éloquent orateur a d’ailleurs, plus énergiquement que personne, reproché au cabinet whig son alliance avec l’empereur Nicolas.

Quant aux tories, il est possible que momentanément ils prêtent leur appui, mais ce ne sera pas sans le faire payer cher. Parmi les tories d’ailleurs, pour la politique étrangère comme pour la politique intérieure, il y a deux partis. Les tories modérés, sir Robert Peel,