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cette longue session. Il n’y a pas là, en vérité, de quoi satisfaire le pays et faire vivre le ministère.

J’examinerai plus tard si les derniers évènemens ont amélioré la situation du ministère whig. Je me borne à constater, pour le moment, que ce ministère est sorti de la session plus affaibli que jamais. J’ajoute qu’après avoir successivement perdu lord Stanley et lord Grey, sir James Graham et lord Durham, lord Althorp et lord Brougham, M. Spring-Rice et lord Howick, il lui reste peu de moyens de se régénérer, et qu’il doit rester tel qu’il est ou tomber tout entier.

Maintenant, les choses étant dans cet état, verra-t-on s’accomplir une alliance dont on parle depuis long-temps, celle des whigs et des tories modérés ? J’ai cru à cette alliance en 1837 ; je n’y crois point en 1840. Il faut que je dise pourquoi.

Je dois d’abord en convenir, si la conduite des partis n’avait en ce monde d’autre règle que leurs opinions et leurs intérêts, jamais le rapprochement dont il s’agit n’eût été plus probable. D’un côté, malgré des concessions dont on tient peu de compte, la brèche entre les radicaux et les chefs des whigs tend plutôt à s’élargir qu’à se fermer ; de l’autre, il est difficile de concevoir comment les tories modérés et les ultra-tories pourraient marcher longtemps de concert. Sans parler du désaveu public infligé par sir Robert Peel à la queue de son parti, ne s’est-il pas séparé d’elle dans l’affaire des privilèges de la chambre des communes, dans la question de la répartition des revenus ecclésiastiques, dans celles de l’instruction publique et des corporations irlandaises, enfin dans l’étrange débat qui tout récemment a eu lieu sur la pauvrets de l’église anglicane et sur la nécessité de venir à son secours ? Le successeur de sir Robert Peel comme représentant de l’université d’Oxford, sir Robert Inglis, avait imaginé de proposer un supplément de dotation pour l’église anglicane, si misérable, ainsi que chacun sait, et tous les journaux tories appuyaient chaudement cette curieuse proposition. A les entendre, l’église mourait de faim, et, pour le prouver, on citait l’évêque de Londres, qui, malgré ses 20,000 livres sterling, était forcé d’aller vivre à la campagne. Une si cruelle situation devait toucher les tories, qui bravement ont donné à sir Robert Inglis 149 voix contre 169. Mais le jour du vote, sir Robert Peel, lord Stanley et sir James Graham brillèrent par leur absence. Quelques jours après, un amendement, proposé par le même sir Robert Inglis, au bill pour la meilleure distribution des revenus ecclésiastiques, était rejeté à une seule voix, par le vote de lord Stanley.