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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/692

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de la reine et celle de lord Melbourne. Cette circonstance, c’est que sir Robert Peel n’avait pas la majorité dans la chambre des communes. Or, s’il est juste et bon qu’au nom d’une majorité qui l’appuie, un premier ministre demande quelquefois au chef constitutionnel de l’état le sacrifice de ses affections et de ses convenances, il est impossible d’admettre qu’un tel sacrifice puisse jamais être exigé au nom d’une minorité, et comme moyen de convertir plus tard cette minorité en majorité. Si donc sir Robert Peel pensait que l’adhésion de la couronne, manifestée par un acte éclatant, fût nécessaire pour qu’il pût conduire dignement et fortement les affaires du pays, il avait raison d’en faire une condition expresse de son entrée au pouvoir. La reine, de son côté, était entièrement maîtresse de l’accorder ou de la refuser. Telle est, je crois, dans toute la rigueur du principe constitutionnel, la part qu’il convient de faire à chacun. Il n’en est pas moins vrai que ce troisième avènement du ministère Melbourne ressembla peu au second. En 1835, lord Melbourne était rentré en vainqueur, porté par la majorité parlementaire et par l’opinion nationale. Il rentrait en 1839, grace à la faveur de la reine et à la protection des dames de la cour ; c’était pour son ministère une situation fâcheuse, même un peu ridicule, et qui ne pouvait manquer de l’affaiblir encore et de l’user. Aussi, dans l’espoir de se fortifier et de se rajeunir, ne tarda-t-il pas à faire un pas de plus vers les radicaux pour les personnes et pour les choses : pour les personnes, en faisant entrer dans le cabinet M. Macaulay et lord Clarendon ; pour les choses, en plaçant au nombre des questions ouvertes, la question du scrutin secret.

On sait ce que sont en Angleterre les questions ouvertes. Quand une question n’est pas ouverte, tous les membres du cabinet et les hauts fonctionnaires qui font partie de l’une ou l’autre chambre, sont tenus de voter ensemble et comme le premier ministre. Quand une question est ouverte, chacun conserve son indépendance et vote comme il lui plaît. En ouvrant la question du scrutin secret, on affranchissait donc une quinzaine de votes favorables à cette opinion, mais que la discipline ministérielle avait retenus jusque-là. On donnait en outre l’idée que le scrutin secret pouvait, dans un délai plus ou moins long, devenir une mesure de gouvernement.

Dans toute autre occasion, le parti tory eût fait grand bruit de ces concessions ; mais il y avait quelque chose qui lui tenait bien plus au cœur et qui lui fit oublier tout le reste. C’est la nomination de deux Irlandais catholiques, M. Sheil et M. Wyse, aux fonctions importantes de vice-président du bureau de commerce et de lord de la trésorerie.